Quand mon nom ne suffit pas

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J’ai subi un examen médical récemment.

Pénible, l’examen. C’était une gastroscopie avec une simple anesthésie locale à la xylocaïne. Un enfer qui dure 3 ou 4 minutes, certes, mais un enfer que je ne veux pas revivre. La prochaine fois, ce sera sous anesthésie générale.

Bref, je m’inscris avant l’examen auprès de la secrétaire médicale, qui me retrouve dans l’historique de la clinique et veut vérifier les données en me demandant ma carte d’identité. Je la lui tends, elle la regarde et me dit : « vous vous êtes mariée, depuis la dernière fois ?

MOI :  Heu, non, j’étais déjà mariée avant.

ELLE : Oui, mais ce n’est pas le bon nom.

MOI :  Si, si, j’ai fait mettre par commodité le nom de mon époux sur ma carte d’identité, pour éviter d’avoir à produire un certificat de mariage toutes les 5 mn, mais je porte mon nom de naissance.

ELLE : Ah, mais non, madame, depuis le 1er janvier, dans le cadre des soins de santé, il faut que le dossier médical soit exactement raccord avec votre pièce d’identité, et comme sur celle-ci il y a le nom de votre mari, on doit vous inscrire sous son nom.

MOI :  … (épuisée d’avance) Non.

ELLE : D’accord, je ne vais pas changer aujourd’hui, mais vous devez savoir qu’il faut que votre carte de groupe sanguin soit exactement identique à votre carte d’identité. Sinon, on ne vous fait pas de transfusion en cas de problème. Vous devriez la faire refaire (la carte de groupe sanguin) rapidement.

MOI :  … Si j’avais su, je n’aurais pas fait mettre le nom de mon mari sur ma carte d’identité. Ces dernières années, ça me pose plus de problème que ça n’en résoud, quand je veux utiliser MON nom. »

C’est un comble, n’est-ce pas ? La secrétaire, gentille, a regardé la date de création de ma carte d’identité et a vu qu’elle aurait 10 ans en 2019. Et bien, cher lecteur, en janvier 2019, je m’en vais refaire faire ma carte d’identité en enlevant le nom de mon mari. Je n’en ai pas vraiment envie, mais je le ferai car sinon, je n’existerai toujours pas en tant que moi-même.

On vit vraiment dans un monde de fou.

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Quand nous crions à l’aide

Il y a 5 ans, j’écrivais une lettre très personnelle à Marc Zaffran, aka Martin Winckler, parce que je ne voyais pas quoi faire d’autre.

Aujourd’hui, je l’ai retrouvée et j’ai décidé de publier cet appel au secours, qui entre de plain pied dans les mouvements de lutte contre les maltraitances gynécologiques (#payetongynéco).

Cette lettre faisait suite à l’épisode que je relate dans cet article, que j’ai rédigé avec plus d’humour et de recul. La lettre que je publie aujourd’hui, que je reproduis sans y changer une virgule, montre dans quel état de détresse je me trouvais.

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« Bonjour Monsieur Zaffran,

Je vous écris aujourd’hui, 4 ans après avoir lu Le choeur des femmes. Votre roman fut une révélation, la confirmation que ce que je sentais était légitime. Celle que personne n’avait le droit de me faire du mal, fut-ce pour mon bien !

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour témoigner. Je m’éloigne du sujet de la contraception stricto sensu pour en venir aux pratiques gynécologiques générales, j’espère que vous me le pardonnerez. Je ne vois pas à qui envoyer ce témoignage, si ce n’est à vous, qui prenez à cœur la façon dont les patients sont traités par le corps médical.

Quelques jours après avoir fini Le choeur des femmes, je suis « tombée » enceinte – je cherche toujours une expression plus adéquate à cet événement heureux. Une grossesse ardemment désirée, pour laquelle mon compagnon et moi-même avions commencé à entamer des démarches en Procréation Médicalement Assistée (PMA), mais finalement, ma grossesse a débuté de façon naturelle. Pendant le processus de PMA, j’avais passée en particulier un examen des plus désagréables et douloureux, une hystérosalpingographie.

Hier lundi, j’ai dû refaire une hystérosalpingographie. Nous tentons de faire un autre enfant, 3 ans après la naissance du premier, et le médecin de PMA a demandé un nouveau cliché pour vérifier que mon utérus et mes trompes n’aient pas souffert depuis ma grossesse. Une demande que j’ai comprise et que j’ai trouvé justifiée, dans la mesure de mes maigres connaissances médicales. Je lui ai précisé que ma première hystéro s’était mal passée, et que je redoutais de devoir en refaire une. Le médecin m’a envoyé vers un service de radiologie habitué à ce genre d’examen, me promettant que cela se passerait bien.

Pour tout bagage médicamenteux en prévision de ce sale quart d’heure, le médecin m’avait prescrit du Spasfon et du paracétamol. Ce week-end, une amie qui travaille dans la santé et qui a déjà fait une hystérosalpingographie m’a demandé si on m’avait prescrit de l’Atarax. Comme ce n’était pas le cas, alors qu’on le lui avait prescrit à elle, j’ai commencé à m’inquiéter : il était trop tard pour avoir une prescription médicale.

Je suis arrive anxieuse et angoissé à mon rendez-vous. Je l’ai dit aux techniciennes qui m’ont gentiment accueillies, expliquant mon désagréable précédent et mes craintes. Elles sont fait leur possible pour me rassurer.

Au moment de l’examen lui-même, je me retrouvais (une fois de plus) allongée, les jambes écartées, mal à l’aise, avec un médecin qui parlait de mon vagin et de mon col à une autre personne, comme si je n’étais pas là. Il disait que mon col avait été déchiré et restait déformé par mon accouchement. Je l’ignorais, et je l’ai découvert de la plus désagréable des manières : c’est comme si j’avais été une tierce personne, tout juste bonne à faire le planton devant la porte, et non la principale intéressée.

Cela m’a fortement marquée, et j’en ai pleuré jusqu’au soir. Ce matin encore, je suis triste. Un deuil à faire sur son propre corps, 3 ans après, alors qu’on ne s’y attend plus… C’est très dur.

Le médecin me demandait de pousser parce qu’il ne trouvait pas mon col. Je n’arrivais pas à pousser : sur le dos, je n’y parviens jamais bien, surtout que j’étais allongée complètement à l’horizontale, sans étrier. Je l’entendais me dire : « poussez. Poussez. Poussez ! [bon dieu !, pouvais-je entendre dans sa tête] ».

J’étais mal, contractée, j’avais mal au ventre. Il faut dire que les hystéro se font entre le 4e et le 10e jour du cycle, et comme j’en étais au 4e jour, j’étais en pleine phase hémorragique de mes règles.

Je me suis d’ailleurs faite engueuler parce que j’étais en phase hémorragique, et que « ce n’était pas bon pour l’examen » : si personne ne me le dit, comment puis-je le savoir ? Est-ce de ma faute si mes règles durent 7 jours, et non pas 3 ou 4 comme chez d’autres femmes plus chanceuses ? Et j’ai pris le rendez-vous comme j’ai pu, tiraillée entre mes contraintes professionnelles et familiales. Mon compagnon avait même posé un jour de congé pour pouvoir m’accompagner. Rien n’est simple, quand on a une fenêtre courte pour prendre un rendez-vous et qu’ils sont impossibles à prendre le week-end. Mais ça, ce n’était clairement pas son problème, au médecin…

Le spéculum posé (déjà, j’étais contractée, donc gênée par l’instrument), le médecin m’a posé des pinces (il m’a prévenu et expliqué, c’était déjà ça…). Cela m’a fait un peu mal, et je sentais mon périnée et mes muscles abdominaux se contracter encore plus. J’avais de plus en plus mal, installée ainsi.

Par réflexe, je resserrai les jambes. A la troisième fois, il ne m’a plus rien demandé, il s’est contenté des les écarter. J’ai détesté qu’il se permettre cela. Puis il a tenté, par trois fois, d’installer la sonde d’injection. Il a dû la changer parce qu’elle était trop petite, à cause de mon col trop grand. Mais à chaque fois, j’ai hurlé de douleur. J’ai pleuré, gémit et crié sans arrêt, les mains crispées sur les bords de la table, et j’ai fini par lui demander d’arrêter.

Il a arrêté comme si c’était sa décision (et non la mienne), en disant : « bon, ça ne sert à rien, on n’arrive à rien », et il est reparti. Les techniciennes, toujours gentilles, sont venues m’assister, me donner un verre d’eau et du sucre, attendant avec moi que la douleur passe.

Les clichés n’ont pas pu se faire, faute d’injection du produit, et j’ai souffert comme une damnée pour rien. Pour rien !

Le médecin m’a appelé dans son bureau ensuite, pour me demander si j’avais ces douleurs lors des rapports ou de la mise place de mes protections périodiques (ce qui n’est pas le cas). Au moins a-t-il fait son boulot. Mais je lui ai précisé que j’étais très anxieuse, que j’avais prévenu tout le monde, et que j’étais persuadée que cela a joué dans ma capacité à supporter l’intervention. Il n’a pas bronché, et n’a pas proposé de solution alternative.

Pourquoi personne ne m’a-t-il proposé de faire l’examen couchée sur le côté ? Pourquoi personne ne m’a-t-il proposé une anesthésie locale, voire une péridurale ?

Parce que les autres femmes ont rarement mal ? Et alors, qui sont-elles par rapport à moi ? Valent-elles mieux parce qu’elles ne hurlent pas de douleur ?

Ou parce que les services de radiologie ne prévoient jamais cela dans leur protocole pour les hystérosalpingographies, faute de temps, de moyen ou tout simplement de prise en charge de la douleur ?

Je suis furieuse, je suis blessée physiquement, je suis affaiblie psychologiquement. Je suis triste, je suis perdue. J’ai peur de ne pas réussir à avoir un autre enfant. Je suis assaillie d’émotions contradictoires et illogiques, parce que je ne suis plus en mesure de réfléchir posément.

Ce matin, au lieu de faire mon travail, que je fais bien d’habitude, parce que je l’aime, je dois absolument déverser le torrent de lave qui monte en moi, au risque sinon de… Je ne sais pas. Je n’ai pas de mots pour cela.

Alors, c’est vers vous que je ne connais pas, qui en avez sans doute assez de lire ce genre de témoignages, que j’envoie ma bouteille. Vous ne pourrez rien faire, mais je suis sûre que vous comprendrez. Et déjà, cela me fait du bien.

Si vous avez pris le temps de tout lire, je vous remercie, du fond du cœur.

Et je vous souhaite une bonne journée. Je suis sûre en tout cas qu’à partir de maintenant, la mienne sera meilleure. »

(08/10/2013)

« Ma fille, viens avec moi au Panthéon…

… je dois te présenter quelqu’un. »

 

C’est ce que je ferai, d’ici quelques années, lorsque ma fille sera assez grande pour comprendre. J’irai à Paris, et j’emmènerai ma fille au Panthéon.

Là bas, je lui présenterai une femme.

Simone Veil (1984)

Simone Veil (1984)

Depuis l’annonce de sa mort il y a 10 jours, chaque fois que j’entends, lis ou vois une évocation de Simone Veil, je pleure. Je pleure littéralement. Mes yeux sont pleins de larmes – ce qui est très embêtant quand on exerce un métier de service public.

Pour ma grand-mère, décédée il y a six mois, je n’ai pas autant pleuré.

Simone Veil était l’incarnation de tout ce que j’aimerais être. Une femme qui a changé le monde. Inébranlable et bienveillante avec l’humanité. Une femme qui a plongé le nez de tout un pays dans ce qu’il ne voulait pas voir, contre son gré, pour l’obliger à légaliser l’IVG, et qui s’est battue pour que l’Europe existe, parce que la paix n’a pas de prix, alors qu’elle n’a que trop bien connu celui de la guerre.

Simone Veil, j’irai vous dire merci sur votre tombe, et j’expliquerai à ma fille tout ce qu’elle et moi vous devons.

Comment ne pas se faire voler ses outils

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Il y a quelques temps, j’assistais à une réunion professionnelle, qui avait pour thème l’organisation d’événements autour de la journée internationale du droit des femmes.

A cette occasion, dans un aparté anecdotique passionnant, une responsable racontait que lors d’un évènement culturel d’ampleur, des techniciens chargés du montage et démontage des infrastructures rencontraient de façon récurrente un problème important : ils se faisaient voler leurs outils. Scies, marteaux, tournevis, perceuses, etc.

Et cela se produisait souvent, car l’événement a lieu dans un espace essentiellement en plein air, qui favorise malheureusement ce type de méfaits.

Un jour, exaspérés par ces vols répétés, ils ont pris une bombe de peinture et ont repeint tous leurs outils… en rose fluorescent.

Oui, tous les outils en rose fluo.

Le résultat ne se fit pas attendre : plus aucun des outils n’a été volé. Pas un. Nada.

Pourquoi ont-ils peint ces outils en rose fluo ? A priori, pour qu’ils soient visibles de très loin, et que personne ne puisse les embarquer discrètement.

Mais en réalité, et ce fut parfaitement évident en observant les réactions d’autres techniciens tombant sur ces outils, que ce n’était pas la fluorescence des outils qui freinaient les voleurs putatifs. Non, c’était leur couleur.

Tous les autres ouvriers et techniciens regardaient d’un air au mieux étonné, et souvent dégoûté, avec un mouvement de recul perceptible, ces outils roses.

J’ai ri, et j’ai été affligée.

La méthode, d’une implacable efficacité, nous montre tels que nous sommes : des humains conditionnés par un courant né de, et nourri par, le marketing produit.

Ainsi donc, je recommande chaudement la lecture de l’essai Le rose et le bleu : la fabrique du féminin et du masculin, cinq siècles d’histoire, de Scarlett Beauvalet-Boutouyrie et Emmanuelle Berthiaud.

« Ah, c’est bien une fille ! »

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Colifichet

J’ai un bébé de sexe féminin et un enfant un peu plus grand de sexe masculin.  Le premier enfant a été scruté par ses parents dans les moindres détails de ses réactions, parce qu’il était le premier, et que ses parents (mon homme et moi, donc) avaient tout le temps du monde pour l’observer.

La deuxième est également observée, naturellement. Un bébé qui interagit de plus en plus avec son entourage est une source inépuisable d’émerveillement pour ses proches.

Et donc, depuis quelques temps, mon bébé s’extasie très régulièrement sur les colifichets brillants ou de couleur vive.

Ce à quoi sa nounou et sa grand-mère (qui ne peuvent pourtant l’une et l’autre certainement pas être de définies comme coquettes superficielles) ont déclaré, à moins de deux jours d’écart : « Ah, c’est bien une fille ! ».

Ce à quoi j’ai rétorqué que le grand frère, au même âge qu’elle, avait réagi exactement de la même façon. Sans faire plus de commentaires, parce que mes discours antisexistes ont tendance à gonfler mon entourage, ai-je remarqué.

Comment se fait-il que ces deux personnes n’aient pas noté ce fait ? Elles qui se sont occupées de mes deux enfants ? Elles sont donc conditionnées à ce point par la culture sexiste qu’elles ne remarquent pas qu’elle interprètent différemment le même événement, suivant si le sujet est une fille ou un garçon ? Il faut croire que oui, hélas.

 

Judo

Mon fils fait du judo. Lors des rencontres interclubs, aux compétitions, il se bat contre d’autres enfants de son âge et – c’est là le plus important au judo – de son poids. Chaque enfant est en effet réparti sur les tatamis selon son poids, afin que nul ne soit avantagé ou désavantagé. Jusque là, tout va bien.

Là où cela commence à sentir mauvais, c’est que les petites filles et les petits garçons ne se rencontrent jamais lors des compétitions : ils sont séparés. Par principe. Alors même que cela n’a rien à voir avec leur poids.

Qu’on les sépare à l’adolescence, lorsque leurs corps évoluent de façon à creuser les différences athlétiques entre garçons et filles, je peux comprendre – et encore… Mais chez des petits ? Quelle justification peut-on bien trouver à cette pratique ? Je n’en vois aucune, et pire, j’y vois une façon de perpétuer la mise à l’écart d’un sexe par rapport  l’autre, histoire de bien faire rentrer dans la tête des enfants qu’en sport, une fille et un garçon ne se valent pas, puisqu’ils ne peuvent pas se comparer via la compétition.

 

 

J’aimerais croire que ma fille saura qu’elle peut tout envisager dans sa vie, du moment qu’elle s’en donne les moyens, et qu’elle ne sera arrêtée par aucun préjugé sexiste. J’aimerais croire que mon fils saura que s’il préfère les jeux calmes, les activités artistiques et les discussions aux rapports de domination brutaux des cours de récré, cela fera de lui un homme comme les autres, ni plus ni moins.

Mais c’est sans compter sur la société, qui passe son temps à leur rappeler qu’ils ne sont pas fait pour ceci ou cela. Et j’en suis profondément malheureuse pour eux.

Merci – 3

Je clos ici ma série d’articles de remerciement, après Martin, puis Véronique.


fairy-2164645_960_720Catherine

Quand j’ai été enceinte la deuxième fois, j’ai décidé que je ne vivrai pas ma grossesse et mon accouchement comme j’avais vécu la première grossesse et le premier accouchement. Ni comme j’avais vécu la conception du deuxième bébé.

Trop de stress, trop de déceptions, de souffrance, d’incertitudes. Trop de médecins, d’hôpitaux, de cabinets, d’analyses. Trop de dépressions : une dépression post-partum pour mon premier enfant, une dépression pré-conceptionnelle pendant le traitement hormonal en vue de la FIV pour le deuxième.

Deux de mes proches amies ont accouché à domicile dans les trois ans qui précédaient ma deuxième grossesse. Des filles épatantes et brillantes, docteurs ès sciences, chercheuses au CNRS. Très informées. Très conscientes du rapport bénéfice/risque de leur décision, avec des maris engagés. L’une d’elle a eu le temps de m’expliquer, après la naissance de son premier, l’accompagnement de la sage-femme qui surveillait sa grossesse et monitorait son accouchement. J’ai commencé à comprendre qu’on pouvait accoucher autrement, à la fois en sécurité et en sérénité, et mes recherches sur le web ont fait le reste.

Il existe à 20mn de route de chez moi une petite maternité qui propose des accouchements en plateau technique : des accouchements gérés librement par les parents et un•e sage-femme libéral•e, dans une salle d’accouchement prêtée par la maternité. On arrive quand on veut, c’est à dire quand notre sage-femme nous dit que c’est le meilleur moment, et on peut repartir, si on le souhaite, deux heures après la naissance. On est libre de rester plusieurs jours si on le préfère. En cas de souci, l’équipe de la maternité prend le relais.

Le site de l’hôpital donne la liste des sages-femmes libérales et libéraux qui pratiquent ces accompagnements. Après avoir eu confirmation que le transfert d’embryon avait fonctionné après la deuxième FIV et qu’un tout petit coeur battait en moi, j’ai cherché la sage-femme la plus proche de chez moi. J’ai respiré un grand coup, et je l’ai appelée.

Elle avait l’air si jeune, au téléphone. Quasi enfantine.

Je l’ai rencontrée peu de temps après. Je lui ai expliqué mon parcours. Je lui ai dit que j’espérais vivre autrement la naissance de mon enfant, parce que j’avais le sentiment d’avoir été dépossédée de mon premier bébé. Elle a senti ma peur. Elle a immédiatement proposé un exercice pour que je puisse visualiser mon angoisse. Et surtout, elle m’a dit absolument tout ce que j’avais besoin de savoir sur l’accompagnement en plateau technique : les pré-requis, dont un passage auprès du chef de service de la maternité qui devait donner son feu vert, sa méthode de travail, les imprévus possibles (elle partait en vacances 5 jours après mon terme…), les possibilités de préparation à l’accouchement, avec elle ou avec d’autres sage-femmes, ses tarifs et les problèmes de remboursement liés. Elle a exposé l’ensemble du tableau et elle m’a laissé choisir en toute connaissance de cause.

Je n’ai pas hésité. Cette fille avait des sapins de noël dans les yeux, un regard bleu qui pétillait de vie. Alors, j’ai remis ma grossesse entre ses mains.

Et, deux ans plus tard, je peux le dire : c’est la meilleure décision que j’aie jamais prise. Catherine, Wonder Sage-Femme, a été une oreille attentive et compatissante, une conseillère, une soignante. Une amie. Notre relation fut, depuis le début, un rapport d’égal à égal.

Durant ma grossesse, elle ne m’a pas « surveillée ». Elle m’a accompagnée. Elle m’a soutenue. Elle m’a rassurée. Elle m’a aidée à passer à travers les moments difficiles, les emmerdements inévitables, les peurs. Elle a pris le temps de m’écouter. Chaque consultation mensuelle durait une heure. Chaque séance de préparation à l’accouchement durant une heure et demie, voire deux heures. Le temps est un luxe, je l’ai redécouvert à cette occasion.

Pour mon accouchement, elle ne m’a jamais lâchée. Elle était là, à me murmurer des encouragements, à me conseiller si elle me voyait perdue. Elle posait sa main dans le bas de mon dos à chaque contraction, et la faisait glisser doucement vers le bas, donnant une direction à mon effort. Lorsqu’elle monitorait le coeur du bébé, c’était avec un instrument sans fil ; je bougeais comme j’en avais envie, elle suivait mes mouvements, agenouillée à mes côtés, de façon à ne pas me déranger dans ma bulle de concentration, et cela ne durait pas plus de quelques minutes.

Elle ne m’a séparée de mon bébé que le temps de la pesée, parce que la balance se trouvait derrière un paravent. Deux minutes de séparation. Pour mémoire, avec mon premier, j’avais enduré plus de deux heures de séparation après sa naissance (il était en chauffeuse), alors que je n’avais qu’un besoin à ce moment là : le prendre contre moi et faire sa connaissance. Cela ne s’est pas produit, et je n’ai jamais pu créer une relation comme celle que j’ai eue avec mon deuxième enfant.

Elle était chez moi, à la maison, juste avant de partir en vacances, pour nous surveiller mon bébé et moi, lorsqu’on a décidé de rentrer 15h seulement après la naissance.

Et quand elle m’a posé un DIU au cuivre, moi qui souffre le martyr chaque fois qu’on touche le col de mon utérus… Je n’ai rien senti.

Catherine est une fée, un lutin qui fait de la magie grâce à sa science médicale et à son attention. Un lutin au regard pétillant, en jean, baskets et petite voiture rouge flamboyant.

Infiniment merci.

Merci – 2

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Véronique

Je continue mon histoire commencée avec Martin.

Après une mauvaise expérience au service de PMA de l’hôpital, j’appelle donc la personne recommandée par ma gynécologue. Sa secrétaire me propose un rendez-vous pour… le lendemain. Alors que nous avions attendu cinq mois (5 !) le rendez-vous à l’hôpital ! Le rendez-vous venu, la praticienne, Véronique, nous reçoit dans son bureau. Elle nous fait asseoir, s’installe à son tour confortablement en face de nous, penchée en avant, les coudes sur le bureau, nous souris gentiment en nous regardant droit dans les yeux, et dans un instant d’éternité, nous demande : « comment allez-vous ? ».

Inutile de préciser que la médecin de l’hôpital ne l’avait pas fait.

Nous avons répondu sincèrement à Véronique parce que c’est ce qu’elle attendait. Nous lui avons dit que nous étions fatigués, inquiets, angoissés, en proie au doute suite à notre rendez-vous à l’hôpital. Que nous avions peur parce que nous ne savions pas si notre couple était normal, infertile ou stérile. Elle a écouté avec bienveillance et compréhension. Elle nous a posé des questions. Elle a tout écouté. Et seulement à la fin nous a-t-elle demandé nos résultats d’analyse. Elle n’en n’avait besoin que pour des précisions techniques.

Je suis tombée enceinte cette semaine là. Spontanément. Alors que tous les indicateurs médicaux jouaient en notre défaveur.

Véronique, sans le moindre acte médical, nous a aidé à avoir notre premier enfant. C’est son écoute professionnelle et attentive qui nous a libéré du poids mort que nous traînions depuis deux ans.

Alors, quand nous avons voulu avoir un deuxième enfant et que rien ne se passait au bout d’un an, nous sommes retourné la voir. Et elle nous a pris en charge médicalement. Nous avons fait deux FIV. C’était dur. C’était fatigant et déprimant pour moi, qui supporte mal les traitement hormonaux. Mais elle était là, à l’écoute. Elle m’encourageait à chaque rendez-vous, sans me pousser au-delà de mes limites. Désolée pour nous quand la première FIV a échoué, lorsque la majorité de mes ovocytes n’ont pas été fécondés parce que la technique employée n’était finalement pas la bonne, que les deux embryons transféré n’ont pas pris et qu’aucun embryon n’a pu être congelé. Le biologiste, les assistantes médicales, tout le monde était bienveillant, souriant. Véronique était là pour nous dire que nous recommencerions si nous le voulions et quand nous le voudrions, mais nous conseillait de nous laisser un peu de temps après cet échec.

Nous avons suivi ce conseil librement donné et reçu, nous avons recommencé six mois plus tard. C’était toujours dur, et Véronique était toujours là. Quand nous avons appris que le transfert avait fonctionné, que j’étais enceinte, sachant que c’était la seule possibilité là aussi (pas de stock d’embryon à congeler, une fois encore), ce fut noël avant l’heure.

Elle fut avec nous une dernière fois pour une échographie de contrôle, à 7 semaines d’aménorrhée, un beau jour de novembre, pour nous faire écouter un petit coeur qui bat. Ce petit coeur bat toujours, là-haut, dans sa chambre, avec son doudou et sa sucette, son sourire à faire jaillir de l’eau et son regard de battante, 27 mois plus tard.

Véronique nous a laissé partir en nous souhaitant bon vent et bonne vie. Je voulais retourner la voir, lui présenter mon bébé, ma fée-licité. Lui dire combien je lui suis reconnaissante de son humanité. Je n’ai toujours pas trouvé le temps de le faire et je le regrette beaucoup.

Je le ferai, même si c’est « trop tard ».

Je crois qu’il n’est jamais vraiment trop tard pour remercier un être humain.