Merci – 2

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Véronique

Je continue mon histoire commencée avec Martin.

Après une mauvaise expérience au service de PMA de l’hôpital, j’appelle donc la personne recommandée par ma gynécologue. Sa secrétaire me propose un rendez-vous pour… le lendemain. Alors que nous avions attendu cinq mois (5 !) le rendez-vous à l’hôpital ! Le rendez-vous venu, la praticienne, Véronique, nous reçoit dans son bureau. Elle nous fait asseoir, s’installe à son tour confortablement en face de nous, penchée en avant, les coudes sur le bureau, nous souris gentiment en nous regardant droit dans les yeux, et dans un instant d’éternité, nous demande : « comment allez-vous ? ».

Inutile de préciser que la médecin de l’hôpital ne l’avait pas fait.

Nous avons répondu sincèrement à Véronique parce que c’est ce qu’elle attendait. Nous lui avons dit que nous étions fatigués, inquiets, angoissés, en proie au doute suite à notre rendez-vous à l’hôpital. Que nous avions peur parce que nous ne savions pas si notre couple était normal, infertile ou stérile. Elle a écouté avec bienveillance et compréhension. Elle nous a posé des questions. Elle a tout écouté. Et seulement à la fin nous a-t-elle demandé nos résultats d’analyse. Elle n’en n’avait besoin que pour des précisions techniques.

Je suis tombée enceinte cette semaine là. Spontanément. Alors que tous les indicateurs médicaux jouaient en notre défaveur.

Véronique, sans le moindre acte médical, nous a aidé à avoir notre premier enfant. C’est son écoute professionnelle et attentive qui nous a libéré du poids mort que nous traînions depuis deux ans.

Alors, quand nous avons voulu avoir un deuxième enfant et que rien ne se passait au bout d’un an, nous sommes retourné la voir. Et elle nous a pris en charge médicalement. Nous avons fait deux FIV. C’était dur. C’était fatigant et déprimant pour moi, qui supporte mal les traitement hormonaux. Mais elle était là, à l’écoute. Elle m’encourageait à chaque rendez-vous, sans me pousser au-delà de mes limites. Désolée pour nous quand la première FIV a échoué, lorsque la majorité de mes ovocytes n’ont pas été fécondés parce que la technique employée n’était finalement pas la bonne, que les deux embryons transféré n’ont pas pris et qu’aucun embryon n’a pu être congelé. Le biologiste, les assistantes médicales, tout le monde était bienveillant, souriant. Véronique était là pour nous dire que nous recommencerions si nous le voulions et quand nous le voudrions, mais nous conseillait de nous laisser un peu de temps après cet échec.

Nous avons suivi ce conseil librement donné et reçu, nous avons recommencé six mois plus tard. C’était toujours dur, et Véronique était toujours là. Quand nous avons appris que le transfert avait fonctionné, que j’étais enceinte, sachant que c’était la seule possibilité là aussi (pas de stock d’embryon à congeler, une fois encore), ce fut noël avant l’heure.

Elle fut avec nous une dernière fois pour une échographie de contrôle, à 7 semaines d’aménorrhée, un beau jour de novembre, pour nous faire écouter un petit coeur qui bat. Ce petit coeur bat toujours, là-haut, dans sa chambre, avec son doudou et sa sucette, son sourire à faire jaillir de l’eau et son regard de battante, 27 mois plus tard.

Véronique nous a laissé partir en nous souhaitant bon vent et bonne vie. Je voulais retourner la voir, lui présenter mon bébé, ma fée-licité. Lui dire combien je lui suis reconnaissante de son humanité. Je n’ai toujours pas trouvé le temps de le faire et je le regrette beaucoup.

Je le ferai, même si c’est « trop tard ».

Je crois qu’il n’est jamais vraiment trop tard pour remercier un être humain.

Merci – 1

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« La Horde du Contrevent » d’Alain Damasio (illustration de couverture)

Je veux remercier quelques personnes. Du fond du coeur. Ces personnes ont changé ma vie de femme et de mère.

Je publie donc une série d’articles pour faire le tour de ces personnes si précieuses.

Martin

En premier lieu, parce que je suis galante et que c’est le seul homme de ma liste, Martin Winckler. Je l’ai découvert en lisant, sur conseil de mon libraire pour la rentrée littéraire 2009, Le choeur des femmes.

Mon couple se faisait malmener à ce moment là par le corps médical dans le cadre d’une recherche d’infertilité et d’une prise en charge en Procréation Médicalement Assistée. Je me tapais le sale boulot : les prises de sang, les prises de température quotidiennes, les échographies, l’hystérosalpingographie. Et parce que je lisais le roman de Martin Winckler à un moment absolument critique, j’ai eu les ovaires (en lieu et place des cojones) de remettre en question, en mon fort intérieur, la manière dont nous avions été traités lors de notre première prise en charge à l’hôpital en service de PMA. Un rendez-vous longtemps attendu.

Nous étions ce jour là des numéros de dossier face à une personne qui portait la blouse d’une autre (la précédente praticienne était partie depuis deux semaines, pas le temps de changer le nom sur la blouse, je suppose), qui nous demandait des papiers, des résultats d’analyse, qui évaluait la façon dont nous les avions réalisées – autant dire que nous nous sentions jugés, coupables déjà d’un manquement possible. La praticienne rentrait les données dans son ordinateur, sans autre commentaire que des remarques techniques ou organisationnelles. Deux stagiaires (internes ?) présentes dans la salle recueillaient la Parole Médicale avec Respect et Recueillement. Nous sommes ressortis de ce premier rendez-vous de PMA confus, découragés par le nombre de rendez-vous à prendre chez d’autres spécialistes et les délais imposés pour avoir ces rendez-vous. Nous qui étions dans cette démarche depuis plus de 8 mois, lorsque nous avions commencé les analyses avec ma gynécologue de ville, et qui pensions arriver au bout d’un long tunnel d’attente, nous découvrions un univers quasi-industriel de froideur, d ‘indifférence à notre peine et à nos efforts.

Parce que je lisais Le choeur des femmes, j’ai eu le courage, au milieu de ma confusion et de ma déprime, d’appeler ma gynécologue de ville et de lui parler de mon vécu de cette consultation et de ma déception. Elle m’a écouté, n’a fait aucun commentaire sur la manière dont cela s’était passé et m’a donné le nouveau numéro de téléphone de la praticienne qui était partie du service de PMA de l’hôpital peu de temps auparavant, en me conseillant de l’appeler pour avoir un deuxième avis. Cette collègue venait d’ouvrir un cabinet dédié à la PMA. Ma gynécologue a ajouté, ce fut son unique touche personnelle, que cette personne était gentille et chaleureuse.

Je raconterai la suite plus tard, mais revenons à Martin Winckler.

Je pourrai lui être reconnaissante ma vie entière uniquement pour ce roman, qui m’a aidée à un instant des plus critiques. Si je n’avais pas lu dans Le choeur des femmes que les médecins sont censés nous écouter et prendre soin de nous plutôt que nous pomper de l’air, de l’énergie et de l’argent, et que nous sommes en droit de refuser d’être maltraitées, je n’aurais pas pu passer ce coup de fil salvateur.

Après cet évenement, je me suis intéressée aux autres romans de Martin Winckler, puis à son site d’information sur la contraception, puis à son activisme pour faire changer la médecine française, faire changer le regard posé par les praticiens sur les patients et inversement. Je suis désormais ses activités sur les réseaux sociaux et me régale de ses interventions. Je suis très heureuse du soutien qu’il manifeste aux sage-femmes face au tollé d’un autre temps soulevé récemment par les gynécologues obstétriciens (pour plus d’info, allez voir ma synthèse de l’histoire sur le site des Vendredis Intellos).

Bref, je suis immensément heureuse d’avoir « rencontré » Martin Winckler.

Le faux problème du Burkini

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La mayonnaise monte autour des interdictions locales du Burkini, en raison de l’accumulation de prises de position, parfois instinctives, parfois réfléchies : les politiques de droite et de gauche qui se croient obligés de réagir au quart de tour pour ne rien lâcher aux présidentielles de 2017, les féministes, les religieux, les athées, les laïques, les universitaires, les journalistes, les français, le reste du monde… Bref, c’est la cacophonie.

Pour avoir lu nombre de déclarations ou de réflexions contradictoires sur la question, j’ai finalement mis le doigt sur le nœud du problème : c’est que le maillot de bain intégral, ou Burkini, n’est pas le problème originel.

Le problème originel, c’est la définition du cadre de vie. Nous vivons dans une société et un pays libre. Ce qui est déjà en soi une contradiction, puisque pour vivre en société, il faut établir des règles de vivre ensemble qui limitent la liberté individuelle. Mais, c’est ainsi, le principe de la société est de poser un cadre général qui doit être appliqué à tous, au sein duquel l’individu peut évoluer librement.

Or, la polémique du burkini soulève en réalité la problématique du cadre commun : a-t-on, dans notre société, une règle commune à tous ses habitants quant à leur tenue vestimentaire ? On pourrait penser que oui, puisqu’il est généralement admis qu’on ne se balade pas à poil, à part dans les camps naturistes.

Sauf que c’est totalement faux, et c’est un twittos que je suis régulièrement, HygieSuperBowl, qui l’a révélé, à travers une série de réflexions humoristiques bien senties.

La France ne s’est pas encore dotée d’une règle commune vestimentaire valable pour tous car :

  • une femme peut se mettre torse nu sur la plage mais jamais dans la rue (les femens et les prostituées trop découvertes se font arrêter pour atteinte à la pudeur)
  • une femme peut être totalement habillée dans la rue mais pas toujours sur la plage (la preuve avec l’affaire du burkini)
  • un homme peut être torse nu ou habillé dans la rue et sur la plage.

Il existe donc, dès le départ, une absence de règle commune à toutes et tous, puisque les hommes s’habillent toujours et partout comme ils le souhaitent, tandis que plusieurs interdits s’appliquent aux femmes, des interdits qui changent de nature suivant les endroits où elles se trouvent.

Or, si une telle règle commune était mise en place, le problème du maillot de bain intégral ne se poserait pas. Admettons une hypothèse : si le seul interdit de la règle commune est de laisser à la vue de tous ses parties génitales, alors tout le monde s’habille comme il le souhaite, dans la rue comme à la plage, à partir du moment où ce « tout le monde » porte a minima un slip. Auquel cas hommes et femmes se couvrent de la tête aux pieds ou se baladent torse nu, et le débat n’existe pas.

Et cela fonctionne quelle que soit la règle de départ : elle peut être de se couvrir les parties génitales et les tétons (auquel cas, messieurs, vous vous retrouvez avec des jolis maillot de bain type combishort… ou alors en bikini)

maillot combishort

Petit rappel : les seins des femmes ne sont pas des parties génitales. Ce sont des excroissances qui se forment sous les tétons communs aux deux sexes, et qui ont comme fonction primale de permettre la lactation pour nourrir les nouveaux-nés. Cela s’appelle un « caractère sexuel secondaire  » et son apparition marque le passage à l’age adulte, tout comme celle des poils. Il conviendrait donc d’arrêter de les considérer comme indécents dès qu’ils sortent le bout du téton. Je vois pour ma part très souvent des tétons de mec, et je ne leur saute pas dessus, ni pour leur dire que c’est indécent, et encore moins parce que ma libido efface mon éducation. A bon entendeur…

Ma proposition est donc la suivante : créons une commission qui proposera une règle commune sur la tenue vestimentaire, valable pour tous les habitants de ce pays, quel que soit leur âge, leur sexe ou leur religion. Car bien évidemment cette règle se doit d’être libre de toute considération religieuse (notre république est laïque, donc ses lois le sont) et non sexiste. Cette règle serait votée par le Parlement et tout le monde, quel que soit son sexe et son genre, pourrait s’habiller librement à partir du moment où sa tenue rentre dans le cadre de la loi…

Il vaut mieux, à mon sens, que le cadre soit minimaliste, histoire de laisser autant de latitude que possible à tous. Mais je ne suis pas celle qui fait les lois.

Cela permettrait de régler sans vague les problèmes posés par les tenues des femmes. Qui que soit le plaignant, on se réfère à la loi, point barre. Partons de l’hypothèse minimaliste : le port du slip est le seul obligatoire. Un homme refuse à sa femme, sa soeur ou sa fille de partir en bikini à la plage ? Il a tort, il est condamné, car la seule obligation pour ces femmes et ces filles est de porter un slip et l’homme ne peut pas les contraindre à porter autre chose si elles ne le souhaitent pas. Une femme ou un homme préfèrent rester entièrement habillés à la plage ? Aucune commune ne peut les condamner, puisqu’ils portent au moins un slip.

Évidemment, nous ne vivons pas chez les Bisounours. Ce n’est pas une panacée, et les tensions existeront toujours. Mais elles seraient beaucoup plus facilement canalisées si le cadre commun était posé de façon claire et équitable. Ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

Il serait temps de s’en occuper, vous ne croyez pas ?

Le chaman au feu dansant

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Durant mes vacances, j’ai rencontré, lors de la visite d’un centre de découverte de la préhistoire en Vendée, un petit mec, sec comme un coup de trique, les yeux vifs, l’esprit acéré, qui animait un atelier de feu. C’est à dire qu’il montrait comment nos ancêtres les hommes de cro-magnon allumaient un feu avec deux bouts de bois et un rond de paille. Effet garanti sur les mômes – mais aussi sur les parents.

Il jouait au chaman, dansant et soufflant dans son agrégat de paille pour aviver les braises précédemment obtenues. Il était drôle. Et il accompagnait sa démonstration de commentaires sur la réalité quotidienne de nos ancêtres.

Comment le moindre  brin de paille, le moindre morceau de bois adapté à l’allumage du feu était précieusement recueilli et conservé pour éviter les coups durs, nombreux dans la vie de la préhistoire.Comment ils pensaient et vivaient, quelles étaient leur priorités et comment leur expérience et leur sens pratique les sauvaient de la plupart des dangers.

Il racontait aussi que l’allumage du feu, dans les sociétés primaires, a été rapidement confié aux femmes. Une responsabilité cruciale pour la survie du groupe. Que c’était les femmes qui, avec leurs cueillettes, leurs collets pour petits animaux et leur expertise du feu, nourrissaient leur clan à plus de 70%. Comment cela a perduré jusqu’à aujourd’hui, dans les tribus d’Afrique, par exemple.  Et comment, aujourd’hui que les chasses aux grands animaux ont disparu, la répartition des tâches demeure : les femmes font TOUT le travail dans les villages tribaux, pendant que les hommes palabrent sans fin, n’ayant plus de grandes chasses à mener.

Il enchaînait en imaginant à l’inverse un Koh Lanta d’éthiopiens en France, suivis par des caméras, où les gars tomberaient de leurs chaises en voyant les français prendre leur voiture pour acheter du pain à la boulangerie qui se trouve à  15 mètres, ou tomber sur des panneaux indiquant de ne pas sauter… au bord d’une falaise. Et les éthiopiens de se dire : « ils sont fous, ces français !! ».

Bref, c’était le chaman au feu dansant, et il a illuminé ma journée.

La parentalité, mon boulet

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Mère = un job acceptable, tant qu’on n’en a pas un autre en sus.

Mon expérience personnelle

J’ai expérimenté, durant les trois dernières semaines, une situation qui m’a douloureusement confirmé que ma parentalité, en tant que mère, constitue un très gros handicap professionnel.

Mon chef est parti en vacances estivales. Chaque fois qu’il s’absente, il passe le relais à un de ses trois responsables de département, dont je suis. En réalité, jusqu’à maintenant, il déléguait la gestion à ma collègue E. et moi-même. Et puis, cette fois-ci, pour la première fois, c’est à mon collègue K. que la responsabilité fut échue.

Durant ces trois semaines, K. a pris soin de l’équipe, attentif, disponible. Il a augmenté notablement son amplitude horaire pour pouvoir accompagner les collègues et réagir au quart de tour si une difficulté se présentait. Il y en eu plusieurs (dont ma propre absence pour cause de maladie et d’enfant malade – oui, les deux).

Au retour du chef, le bilan est très positif, pour toute l’équipe. A tel point que certains membres de l’équipe ont exprimé le souhait de revoir K. prendre le relais à la prochaine absence du directeur. Bref, une première expérience réussie pour tout le monde.

Durant toute la période de gestion du service par K., j’ai noté combien sa disponibilité a permis à l’équipe de se sentir à l’aise, en sécurité. Et j’en ai été jalouse.

Jalouse non pas des compétences de K., révélées à cette occasion, ou de son succès auprès de l’équipe, bien mérité !, mais parce que j’ai découvert que je suis désormais et je serai encore longtemps, incapable de proposer une telle disponibilité à mes collègues. Pourquoi ? Parce que je suis une mère, et que lui est un père.

Nous avons chacun deux enfants en bas âge. Nous sommes de la même génération. Notre niveau de responsabilité professionnelle est le même. Il est un parent impliqué, tout comme moi. Mais K. est ou peut se rendre disponible pour son travail lorsque les conditions l’exigent. Et cela m’est impossible !

Pourquoi cela est-il possible pour  K. ? Parce que sa compagne est en congé parental complet depuis la naissance de ses enfants. En tant normal, elle travaille dans un service scolaire qui lui permet d’avoir des horaires de travail et des vacances compatibles avec les rythmes de vie des enfants. K. ne se pose donc jamais la question (et il ne se la posera pas avant très longtemps, voire jamais) de savoir si sa compagne peut prendre le relais auprès des enfants : elle le fait toujours, et ce sont ses interventions à lui qui constituent l’exception auprès des enfants.

Pourquoi cela m’est-il impossible ? Parce que dans mon couple, mon plus faible salaire et mon statut de non cadre fait de moi la variable d’ajustement pour gérer les récupérations d’enfants le soir, les activités extra-scolaires, les maladies impromptues, les rendez-vous médicaux et paramédicaux. Mon compagnon et moi avons tous deux le même niveau d’étude, mais des métiers très différents. Le sien est deux fois mieux rémunéré que le mien, et il a le statut de cadre, alors que je ne l’ai pas. Mon métier est, sur le papier, plus contraignant : je pointe sur des horaires précis, ce qui n’est pas le cas de mon compagnon, j’ai un horaire tardif en soirée au moins une fois par semaine, je travaille le samedi toute la journée et il m’est impossible de prendre les mercredis en congé. Mais en réalité, je suis celle qui va chercher les enfants 4 soirs sur 5, qui prend les rendez-vous, les y emmène 8 fois sur 10 et qui s’arrête s’ils sont malades 12 fois sur 14 (c’est bien simple : j’ai droit à 12 jours enfants malades par an, et lui, à 2 seulement). Bien sûr, il s’occupe des enfants le samedi quand je travaille. Mais cela ne lui coûte rien en termes professionnels !

Pour couronner le tout, j’ai dû prendre un 20% parental afin que nous puissions faire face à la surcharge de travail domestique due à l’arrivée du deuxième enfant. Pourquoi moi, me direz-vous ? Parce que le manque à gagner sur mon salaire est anecdotique en comparaison de ce que serait celui de mon compagnon s’il prenait un 20% parental. Double peine : non seulement je ne travaille pas un jour par semaine, mais mon 20% n’est pas remplacé ! Je dois donc faire rentrer 100% de mes missions professionnelles en 80% de temps.

Autant dire que je passe ma vie à courir après le temps, que ce soit au travail ou à la maison. Cela me rend très peu disponible : je n’ai pas marge de manœuvre et aucune flexibilité professionnelle. Mes collègues et mes supérieurs ne peuvent pas compter sur moi comme ils peuvent compter sur K. Et c’est frustrant, parce que j’aimerais pouvoir consacrer du temps à mon travail lorsque cela est indispensable.

Or, particulièrement depuis l’arrivée de notre deuxième enfant, ma carrière professionnelle passe systématiquement au second plan de mes priorités quotidiennes, même si je ne le souhaite pas !

Les chiffres

Mon expérience rejoint celle de ces millions de femmes qui, parce qu’elles gagnent moins que leur conjoint, se voient charger prioritairement des tâches parentales et leur corollaire, les tâches ménagères. De là à prendre mon cas pour une généralité, je suis tentée… 🙂

Dans l’article sur la répartition des tâches domestiques du site inégalités.fr, on note que non seulement les femmes travaillent 1h26 de plus que les hommes chaque jour, mais que l’évolution sur 11 ans a révélé que les hommes ne font qu’une seule minute de travail domestique en plus… alors que les femmes ont diminué le leur de 22 minutes.

Je suis ravie que les femmes aient fini par comprendre que repasser tous les jeans et toutes les petites culottes est quand même légèrement superflu. Mais je ne suis pas ravie que les messieurs n’aient pas vu la nécessité de mettre plus souvent les tas de vêtements sales dans une panière à linge, de puiser dans la panière pour mettre le linge dans le lave-linge, le programmer, le vider, étendre son contenu avant de le plier (je ne parle pas de repassage) et de le ranger dans les placards de la maison. Et de recommencer le lendemain. Et le surlendemain. Et le jour suivant. Une tâche répétitive, peu gratifiante et ennuyeuse au possible. Et pourtant, indispensable.

Un article du Monde reprend un étude de l’INSEE sur l’évolution du partage des tâches dans les 35 dernières années.

« si les hommes, pris dans leur globalité, demeurent réfractaires à la vaisselle et à l’entretien du linge, ils consacrent en revanche cinquante minutes de plus par semaine aux enfants, « l’essentiel de cette évolution s’étant produite au cours de la dernière décennie », précise l’étude. Sans surprise, ce sont surtout les activités de jeux, de conversation et d’aide à l’apprentissage que les pères privilégient, c’est-à-dire celles qui procurent le plus de satisfaction. »

Et pourtant, nous, les femmes continuons à assurer les deux tiers des tâches parentales, celles qui, justement, ne procurent pas tellement de satisfaction (n’est-ce pas moi qui évoquait plus haut ces fameux rendez-vous et maladies ?).

Le CREDOC avait sorti une étude sur la question, reprise et commentée sur le site francetvinfo.fr, à propos de cette répartition. Et Ô surprise, on y découvre que l’arrivée des enfants renforce les écarts en termes de partage des tâches domestiques.

« Sans enfant, une femme consacre 38 minutes par jour en moyenne au ménage, mais 45 minutes avec deux enfants et 62 minutes avec trois. Les hommes, pères ou non, ne dépassent jamais 14 minutes. »

Mais pourquoi ? Pourquoi revient-on plus vite aux schémas familiaux traditionnels dès que les enfants pointent le bout de leur nez ?

Pour ma part, je pense que l’écart de salaire est une composante fondamentale de l’équation. Si l’écart entre deux salaires se limitait à, disons, 10 %, le choix de sacrifier un peu de sa disponibilité professionnelle se porterait moins souvent et surtout moins systématiquement sur le plus bas salaire. Les contraintes du quotidien qui entament la disponibilité professionnelle (arriver un peu tard, partir un peu tôt, s’absenter pour assurer un RDV ) seraient réparties de façon plus égales. Bien sûr, l’idéal serait de ramener l’écart de salaire à zéro, mais il faut tout de même faire preuve de pragmatisme : dans un couple, on exerce rarement le même métier. A métiers différents, rémunération et contraintes différentes.

A partir de là, on pourrait évidemment partir sur le déterminisme genré dans les métiers exercés par les hommes et par les femmes, et constater qu’évidemment, on n’est pas sorti des ronces. De toute façon, on n’en est pas sorti. Mais on peut toujours commencer à couper des épines…

Ma parole : une quantité négligeable ?

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Christiane Taubira devant l’Assemblée Nationale* 

 

Je réfléchis ces jours-ci à ce que vaut ma parole, orale ou écrite. C’est à dire à la valeur que lui accordent les autres : mes proches, mes connaissances et les inconnus qui viennent en ces lieux.

Cette réflexion est née du récent constat que je suis moins écoutée, à table et en famille, que mon frère. Nous sommes deux adultes dans la trentaine, nous avons le même niveau d’étude et seulement 19 mois nous séparent. Je suis l’aînée. Pourtant, en famille, il prends la parole en coupant la mienne, et son temps de parole est bien supérieur au mien. Il n’est pas agressif. Cela lui paraît normal, tout comme cela semble l’être pour nos parents. Ce que je dis, ce que j’ai à dire, n’est pas aussi important que sa réflexion à lui, et ne mérite moins d’attention et moins d’argumentation. Cette mise à l’écart se déroule en douceur, sans heurt et sans conscience qu’elle se passe, pour aucun des protagonistes – sauf pour moi, depuis la semaine dernière. Je viens seulement de m’en apercevoir. Cette violence qui ne dit pas son nom m’a heurtée de plein fouet.

Je suis légère. J’aborde les sujets graves et/ou profonds avec légèreté. Ce sont des sujets auxquels je réfléchis, sur lesquels je m’informe, je me fais une opinion, qui peut se modifier au fur et à mesure de mes réflexions et de mes lectures, sur lesquels je peux argumenter. Mais quand je les aborde, j’utilise, en introduction au moins, l’humour, l’esprit, la taquinerie, bref : la légèreté. Et cela a tout l’air de me décrédibiliser, parce que certains, dont quelques uns de mes proches, confondent ma légèreté avec de la superficialité.

Mais ce ne peut pas être la seule raison à cette différence de traitement. L’autre raison, c’est que mon frère a une aura d’autorité. Pourquoi ?

Il est responsable d’un département dans une petite entreprise dans laquelle il est très engagé, il a investi beaucoup de temps et même de son argent pour faire tourner une filiale de l’entreprise ; il envisage de reprendre l’entreprise avec son collègue lorsque le patron partira à la retraite. Moi ? Rien de tout cela. J’ai un boulot que j’aime passionnément, j’ai quelques responsabilités qui me tiennent à coeur et j’aspire à en avoir plus, ailleurs si possible, mais – attention, soyez attentifs – je suis fonctionnaire. En tant que tel, et à partir du moment où je ne suis pas haut fonctionnaire, je n’ai aucune aura d’autorité. Je suce la substantifique moëlle du brave contribuable pour me faire payer à la fin du mois. Il faut préciser que je paie moi aussi des impôts, et que mon métier est un service public, qui rend donc service aux publics. Mais mon métier n’est pas prestigieux et ne renvoie pas à une image d’autorité, quelle que soit par ailleurs sa nécessité. En revanche, c’est un métier qui me pousse sans arrêt à la curiosité, à m’intéresser à une grande variété de sujets, de la sociologie à la politique, de la psychologie à la santé, du cinéma à la littérature. C’est un métier qui encourage le savoir et la réflexion. Tout cela, mes proches le savent. Alors, pourquoi ma parole est-elle comparativement moins écoutée ?

Il ne me reste plus qu’à en conclure – et je veux bien reconnaître que je peux manquer d’imagination – que la différence vient de nos genres respectifs. Mon frère est un homme, je suis une femme. On l’écoute plus et on ne lui prend pas la parole parce qu’on pense que ce qu’il a à dire est intéressant et digne de considération, de réflexion, d’argumentation. Je suis parfaitement d’accord avec cela : ce qu’il dit, ce qu’il fait, ce qu’il pense, m’intéresse toujours. D’abord parce que je l’aime, évidemment, mais aussi parce que je considère que c’est une personne intelligente. Il se donne du mal pour faire au mieux, il se pose beaucoup de questions et se remet en cause très souvent. Bref, mon frère est intéressant.

Mais là où le bât blesse, c’est que la réciproque n’est pas tout à fait vraie. Il ne m’écoute pas autant que je l’écoute, et il m’encourage peu à poursuivre et à développer mon discours. Ce n’est pas par manque d’amour. Je n’ai, heureusement pour moi, jamais manqué d’affection au sein de ma famille. Il n’empêche que lorsque nous sommes ensemble, je n’arrive jamais à développer pleinement mon argumentation sur un sujet. Soit parce que je suis coupée en plein élan, soit parce que je ne peux pas prendre mon élan, faute de « place » dans la conversation. En conséquence de quoi, mes opinions et mes avis sont rarement consultés et encore moins audibles.

Or, j’ai découvert récemment que ce sujet, qui paraît très personnel, a en réalité fait l’objet d’études, dont une très belle synthèse a été établie par l’auteure du blog antisexisme.net. La parole des femmes, orale ou écrite, est minimisée de façon quasi systématique, même si le processus est inconscient, et elle est très souvent ridiculisée. Les femmes souffrent bien plus souvent que les hommes du syndrome de l’imposteur, en partie à cause du traitement imposée à leur parole par la société.

J’ai lu hier un article intéressant du journal international de médecine (JIM) à propos de l’accouchement à domicile – tout ce qui touche aux naissances physiologiques m’intéresse au plus haut point. Dans cet article, l’auteure indique que pour la promotion de ce type d’accouchement, « On trouve également des argumentations plus étayées que le simple récit personnel ou militant. »

Et là, j’ai tiqué. J’ai suivi une formation universitaire qui m’a sensibilisée à l’importance des discours construits, argumentés et sourcés, mais j’avoue que je me suis sentie diminuée par cette minimisation du récit personnel : ce que je raconte ici, des expériences personnelles souvent mises en lumière par des références explicites et des liens, ont une réalité, un poids. Elles sont porteuses d’une vérité indéniable. Je ne suis pas sage-femme, comme l’auteure géniale du blog 10 Lunes, ni juriste, comme la non moins géniale auteure du blog Marie accouche là. C’est un fait. Mais je suis une femme en pleine possession de mes moyens, raisonnablement bien informée, et je ne parle pas pour ne rien dire !

Bien entendu, ce que je dis là est à destination de tous les lecteurs, et non une charge contre la journaliste du JIM, qui a fait un bon travail dans son article. Il s’agit de pointer du doigt un symptôme social : un récit personnel de femme, sur un sujet féminin – ce qu’est indéniablement l’accouchement -, même étayé de sources sérieuses qui corroborent les dires de l’auteure, est minimisé. Il a peu de valeur, surtout face à un monde aussi imprégné de luttes de pouvoir et de sexisme que la médecine…

Bref, je crains qu’on ne soit pas sorti des ronces.

 

* j’ai choisi en illustration une photographie de Tata Christiane, comme l’appellent affectueusement les humoristes Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek de France Inter, parce qu’elle est l’une des femmes politiques qui a le plus essuyé d’insultes et de moqueries lors de ses prises de parole à l’Assemblée Nationale.

 

Adieu, Facebook

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Adieu Facebook

Il y a quelques temps, j’ai ouvert un compte Facebook pour me tenir au courant des informations qui m’intéressent : féminisme, anti-sexisme, parentalité, etc. Je me suis abonnée aux pages idoines (Les Vendredis Intellos, Encore féministe aussi longtemps qu’il faudra…), et j’étais contente de pouvoir suivre l’actualité dans ces domaines. Je partageais quelques liens, soit provenant de mon blog, soit d’ailleurs.

Et puis, et puis, hier.

Hier, Facebook a bloqué l’accès à mon compte et m’a demandé mon numéro de mobile. Et oui, c’est tombé sur moi aussi.

Facebook veut savoir si je suis bien qui je suis, et surtout si j’ai créé mon profil sous mon vrai nom. Évidemment, non. Le concept de surnom, d’avatar, d’identité numérique distincte de l’identité réelle, lui semble inacceptable. Soi-disant pour combattre le crime. Le problème, c’est que je refuse de donner mon numéro de téléphone personnel à Facebook.

Je ne suis pas une criminelle. Pas une serial killer, pas une voleuse, pas une pédophile, que sais-je… Je suis une femme, normale, raisonnablement honnête, qui choisit de s’informer et de s’exprimer via les ressources du Web.

Je considère que ma vie privée m’appartient, que je suis libre d’en disposer comme bon me semble tant que je ne viole aucune loi de la République, et qu’il est parfaitement normal que mes activités en ligne restent à l’intérieur d’un cadre que je définis. Il n’est pas question que toute ma vie soit connue des GAFAM. Il n’est pas question que mes données personnelles soient livrées à des gens ou des sociétés qui en font grosso modo ce qu’elles veulent. Il n’est donc pas question que Facebook connaisse mon numéro de mobile ni mon vrai nom.

De multiples voix se sont levées pour critiquer la politique du « vrai nom » de la société. Il y a beaucoup de gens honnêtes dans le monde qui ont de très bonnes raisons de créer un profil Facebook sous un nom d’emprunt : syndicalistes, travailleurs sociaux, journalistes, fonctionnaires tenus au devoir de réserve, victimes d’agressions. Les criminels ne constituent qu’une minorité parmi les utilisateurs d’avatars. Des millions de personnes ont demandé des dérogations. Facebook a finalement assoupli sa règle récemment, en autorisant dans certains cas les pseudonymes, mais ceux-ci doivent être dûment justifiés par une situation personnelle intenable. Bref, encore une ingérence dans la vie privée.

Donc, pour ma part, c’est ADIEU FACEBOOK ! Je te quitte.

Je teste actuellement Framasphère, et j’invite celles et ceux qui lisent cet article à faire de même. Je reste sur Twitter, tant que je n’ai pas de problème de connexion.

Lutter contre l’ingérence des GAFAM et des états ultra-sécuritaires est une véritable purge. Souvenez-vous, il y a tout juste deux ans, Slate relayait cette histoire à coucher dehors : une jeune femme enceinte a voulu cacher sa grossesse sur le web et en est devenue suspecte aux yeux de la société.

Soyez vigilants. Les outils du web que vous utilisez ne vous appartiennent pas, et les choses que vous faites grâce à ces outils ne vous appartiennent pas non plus. Malheureusement, nous n’avons pas, pour la majorité d’entre nous, la capacité de créer nos propres outils. Le meilleur exemple que je connais, c’est moi : je ne sais pas installer le logiciel wordpress en local pour créer mon blog de toutes pièces, je suis obligée de passer par la plate-forme en ligne. Je sais ce que cela me coûte, mais je n’ai pas les connaissances nécessaires, ni le temps de les acquérir, pour pouvoir faire ce que je veux.

Quand vous le pouvez, privilégiez les logiciels, services et applications développés sous licence libre, ainsi que ceux qui n’exploitent pas vos données personnelles.

A bon entendeur… Salut !