« Ah, c’est bien une fille ! »

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Colifichet

J’ai un bébé de sexe féminin et un enfant un peu plus grand de sexe masculin.  Le premier enfant a été scruté par ses parents dans les moindres détails de ses réactions, parce qu’il était le premier, et que ses parents (mon homme et moi, donc) avaient tout le temps du monde pour l’observer.

La deuxième est également observée, naturellement. Un bébé qui interagit de plus en plus avec son entourage est une source inépuisable d’émerveillement pour ses proches.

Et donc, depuis quelques temps, mon bébé s’extasie très régulièrement sur les colifichets brillants ou de couleur vive.

Ce à quoi sa nounou et sa grand-mère (qui ne peuvent pourtant l’une et l’autre certainement pas être de définies comme coquettes superficielles) ont déclaré, à moins de deux jours d’écart : « Ah, c’est bien une fille ! ».

Ce à quoi j’ai rétorqué que le grand frère, au même âge qu’elle, avait réagi exactement de la même façon. Sans faire plus de commentaires, parce que mes discours antisexistes ont tendance à gonfler mon entourage, ai-je remarqué.

Comment se fait-il que ces deux personnes n’aient pas noté ce fait ? Elles qui se sont occupées de mes deux enfants ? Elles sont donc conditionnées à ce point par la culture sexiste qu’elles ne remarquent pas qu’elle interprètent différemment le même événement, suivant si le sujet est une fille ou un garçon ? Il faut croire que oui, hélas.

 

Judo

Mon fils fait du judo. Lors des rencontres interclubs, aux compétitions, il se bat contre d’autres enfants de son âge et – c’est là le plus important au judo – de son poids. Chaque enfant est en effet réparti sur les tatamis selon son poids, afin que nul ne soit avantagé ou désavantagé. Jusque là, tout va bien.

Là où cela commence à sentir mauvais, c’est que les petites filles et les petits garçons ne se rencontrent jamais lors des compétitions : ils sont séparés. Par principe. Alors même que cela n’a rien à voir avec leur poids.

Qu’on les sépare à l’adolescence, lorsque leurs corps évoluent de façon à creuser les différences athlétiques entre garçons et filles, je peux comprendre – et encore… Mais chez des petits ? Quelle justification peut-on bien trouver à cette pratique ? Je n’en vois aucune, et pire, j’y vois une façon de perpétuer la mise à l’écart d’un sexe par rapport  l’autre, histoire de bien faire rentrer dans la tête des enfants qu’en sport, une fille et un garçon ne se valent pas, puisqu’ils ne peuvent pas se comparer via la compétition.

 

 

J’aimerais croire que ma fille saura qu’elle peut tout envisager dans sa vie, du moment qu’elle s’en donne les moyens, et qu’elle ne sera arrêtée par aucun préjugé sexiste. J’aimerais croire que mon fils saura que s’il préfère les jeux calmes, les activités artistiques et les discussions aux rapports de domination brutaux des cours de récré, cela fera de lui un homme comme les autres, ni plus ni moins.

Mais c’est sans compter sur la société, qui passe son temps à leur rappeler qu’ils ne sont pas fait pour ceci ou cela. Et j’en suis profondément malheureuse pour eux.

Merci – 3

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Catherine

Quand j’ai été enceinte la deuxième fois, j’ai décidé que je ne vivrai pas ma grossesse et mon accouchement comme j’avais vécu la première grossesse et le premier accouchement. Ni comme j’avais vécu la conception du deuxième bébé.

Trop de stress, trop de déceptions, de souffrance, d’incertitudes. Trop de médecins, d’hôpitaux, de cabinets, d’analyses. Trop de dépressions : une dépression post-partum pour mon premier enfant, une dépression pré-conceptionnelle pendant le traitement hormonal en vue de la FIV pour le deuxième.

Deux de mes proches amies ont accouché à domicile dans les trois ans qui précédaient ma deuxième grossesse. Des filles épatantes et brillantes, docteurs ès sciences, chercheuses au CNRS. Très informées. Très conscientes du rapport bénéfice/risque de leur décision, avec des maris engagés. L’une d’elle a eu le temps de m’expliquer, après la naissance de son premier, l’accompagnement de la sage-femme qui surveillait sa grossesse et monitorait son accouchement. J’ai commencé à comprendre qu’on pouvait accoucher autrement, à la fois en sécurité et en sérénité, et mes recherches sur le web ont fait le reste.

Il existe à 20mn de route de chez moi une petite maternité qui propose des accouchements en plateau technique : des accouchements gérés librement par les parents et un•e sage-femme libéral•e, dans une salle d’accouchement prêtée par la maternité. On arrive quand on veut, c’est à dire quand notre sage-femme nous dit que c’est le meilleur moment, et on peut repartir, si on le souhaite, deux heures après la naissance. On est libre de rester plusieurs jours si on le préfère. En cas de souci, l’équipe de la maternité prend le relais.

Le site de l’hôpital donne la liste des sages-femmes libérales et libéraux qui pratiquent ces accompagnements. Après avoir eu confirmation que le transfert d’embryon avait fonctionné après la deuxième FIV et qu’un tout petit coeur battait en moi, j’ai cherché la sage-femme la plus proche de chez moi. J’ai respiré un grand coup, et je l’ai appelée.

Elle avait l’air si jeune, au téléphone. Quasi enfantine.

Je l’ai rencontrée peu de temps après. Je lui ai expliqué mon parcours. Je lui ai dit que j’espérais vivre autrement la naissance de mon enfant, parce que j’avais le sentiment d’avoir été dépossédée de mon premier bébé. Elle a senti ma peur. Elle a immédiatement proposé un exercice pour que je puisse visualiser mon angoisse. Et surtout, elle m’a dit absolument tout ce que j’avais besoin de savoir sur l’accompagnement en plateau technique : les pré-requis, dont un passage auprès du chef de service de la maternité qui devait donner son feu vert, sa méthode de travail, les imprévus possibles (elle partait en vacances 5 jours après mon terme…), les possibilités de préparation à l’accouchement, avec elle ou avec d’autres sage-femmes, ses tarifs et les problèmes de remboursement liés. Elle a exposé l’ensemble du tableau et elle m’a laissé choisir en toute connaissance de cause.

Je n’ai pas hésité. Cette fille avait des sapins de noël dans les yeux, un regard bleu qui pétillait de vie. Alors, j’ai remis ma grossesse entre ses mains.

Et, deux ans plus tard, je peux le dire : c’est la meilleure décision que j’aie jamais prise. Catherine, Wonder Sage-Femme, a été une oreille attentive et compatissante, une conseillère, une soignante. Une amie. Notre relation fut, depuis le début, un rapport d’égal à égal.

Durant ma grossesse, elle ne m’a pas « surveillée ». Elle m’a accompagnée. Elle m’a soutenue. Elle m’a rassurée. Elle m’a aidée à passer à travers les moments difficiles, les emmerdements inévitables, les peurs. Elle a pris le temps de m’écouter. Chaque consultation mensuelle durait une heure. Chaque séance de préparation à l’accouchement durant une heure et demie, voire deux heures. Le temps est un luxe, je l’ai redécouvert à cette occasion.

Pour mon accouchement, elle ne m’a jamais lâchée. Elle était là, à me murmurer des encouragements, à me conseiller si elle me voyait perdue. Elle posait sa main dans le bas de mon dos à chaque contraction, et la faisait glisser doucement vers le bas, donnant une direction à mon effort. Lorsqu’elle monitorait le coeur du bébé, c’était avec un instrument sans fil ; je bougeais comme j’en avais envie, elle suivait mes mouvements, agenouillée à mes côtés, de façon à ne pas me déranger dans ma bulle de concentration, et cela ne durait pas plus de quelques minutes.

Elle ne m’a séparée de mon bébé que le temps de la pesée, parce que la balance se trouvait derrière un paravent. Deux minutes de séparation. Pour mémoire, avec mon premier, j’avais enduré plus de deux heures de séparation après sa naissance (il était en chauffeuse), alors que je n’avais qu’un besoin à ce moment là : le prendre contre moi et faire sa connaissance. Cela ne s’est pas produit, et je n’ai jamais pu créer une relation comme celle que j’ai eue avec mon deuxième enfant.

Elle était chez moi, à la maison, juste avant de partir en vacances, pour nous surveiller mon bébé et moi, lorsqu’on a décidé de rentrer 15h seulement après la naissance.

Et quand elle m’a posé un DIU au cuivre, moi qui souffre le martyr chaque fois qu’on touche le col de mon utérus… Je n’ai rien senti.

Catherine est un lutin, qui fait de la magie grâce à sa science médicale et à son attention. Un lutin au regard pétillant, en jean, baskets et petite voiture rouge flamboyant.

Infiniment merci.

Merci – 2

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Véronique

Je continue mon histoire commencée avec Martin.

Après une mauvaise expérience au service de PMA de l’hôpital, j’appelle donc la personne recommandée par ma gynécologue. Sa secrétaire me propose un rendez-vous pour… le lendemain. Alors que nous avions attendu cinq mois (5 !) le rendez-vous à l’hôpital ! Le rendez-vous venu, la praticienne, Véronique, nous reçoit dans son bureau. Elle nous fait asseoir, s’installe à son tour confortablement en face de nous, penchée en avant, les coudes sur le bureau, nous souris gentiment en nous regardant droit dans les yeux, et dans un instant d’éternité, nous demande : « comment allez-vous ? ».

Inutile de préciser que la médecin de l’hôpital ne l’avait pas fait.

Nous avons répondu sincèrement à Véronique parce que c’est ce qu’elle attendait. Nous lui avons dit que nous étions fatigués, inquiets, angoissés, en proie au doute suite à notre rendez-vous à l’hôpital. Que nous avions peur parce que nous ne savions pas si notre couple était normal, infertile ou stérile. Elle a écouté avec bienveillance et compréhension. Elle nous a posé des questions. Elle a tout écouté. Et seulement à la fin nous a-t-elle demandé nos résultats d’analyse. Elle n’en n’avait besoin que pour des précisions techniques.

Je suis tombée enceinte cette semaine là. Spontanément. Alors que tous les indicateurs médicaux jouaient en notre défaveur.

Véronique, sans le moindre acte médical, nous a aidé à avoir notre premier enfant. C’est son écoute professionnelle et attentive qui nous a libéré du poids mort que nous traînions depuis deux ans.

Alors, quand nous avons voulu avoir un deuxième enfant et que rien ne se passait au bout d’un an, nous sommes retourné la voir. Et elle nous a pris en charge médicalement. Nous avons fait deux FIV. C’était dur. C’était fatigant et déprimant pour moi, qui supporte mal les traitement hormonaux. Mais elle était là, à l’écoute. Elle m’encourageait à chaque rendez-vous, sans me pousser au-delà de mes limites. Désolée pour nous quand la première FIV a échoué, lorsque la majorité de mes ovocytes n’ont pas été fécondés parce que la technique employée n’était finalement pas la bonne, que les deux embryons transféré n’ont pas pris et qu’aucun embryon n’a pu être congelé. Le biologiste, les assistantes médicales, tout le monde était bienveillant, souriant. Véronique était là pour nous dire que nous recommencerions si nous le voulions et quand nous le voudrions, mais nous conseillait de nous laisser un peu de temps après cet échec.

Nous avons suivi ce conseil librement donné et reçu, nous avons recommencé six mois plus tard. C’était toujours dur, et Véronique était toujours là. Quand nous avons appris que le transfert avait fonctionné, que j’étais enceinte, sachant que c’était la seule possibilité là aussi (pas de stock d’embryon à congeler, une fois encore), ce fut noël avant l’heure.

Elle fut avec nous une dernière fois pour une échographie de contrôle, à 7 semaines d’aménorrhée, un beau jour de novembre, pour nous faire écouter un petit coeur qui bat. Ce petit coeur bat toujours, là-haut, dans sa chambre, avec son doudou et sa sucette, son sourire à faire jaillir de l’eau et son regard de battante, 27 mois plus tard.

Véronique nous a laissé partir en nous souhaitant bon vent et bonne vie. Je voulais retourner la voir, lui présenter mon bébé, ma fée-licité. Lui dire combien je lui suis reconnaissante de son humanité. Je n’ai toujours pas trouvé le temps de le faire et je le regrette beaucoup.

Je le ferai, même si c’est « trop tard ».

Je crois qu’il n’est jamais vraiment trop tard pour remercier un être humain.

Merci – 1

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« La Horde du Contrevent » d’Alain Damasio (illustration de couverture)

Je veux remercier quelques personnes. Du fond du coeur. Ces personnes ont changé ma vie de femme et de mère.

Je publie donc une série d’articles pour faire le tour de ces personnes si précieuses.

Martin

En premier lieu, parce que je suis galante et que c’est le seul homme de ma liste, Martin Winckler. Je l’ai découvert en lisant, sur conseil de mon libraire pour la rentrée littéraire 2009, Le choeur des femmes.

Mon couple se faisait malmener à ce moment là par le corps médical dans le cadre d’une recherche d’infertilité et d’une prise en charge en Procréation Médicalement Assistée. Je me tapais le sale boulot : les prises de sang, les prises de température quotidiennes, les échographies, l’hystérosalpingographie. Et parce que je lisais le roman de Martin Winckler à un moment absolument critique, j’ai eu les ovaires (en lieu et place des cojones) de remettre en question, en mon fort intérieur, la manière dont nous avions été traités lors de notre première prise en charge à l’hôpital en service de PMA. Un rendez-vous longtemps attendu.

Nous étions ce jour là des numéros de dossier face à une personne qui portait la blouse d’une autre (la précédente praticienne était partie depuis deux semaines, pas le temps de changer le nom sur la blouse, je suppose), qui nous demandait des papiers, des résultats d’analyse, qui évaluait la façon dont nous les avions réalisées – autant dire que nous nous sentions jugés, coupables déjà d’un manquement possible. La praticienne rentrait les données dans son ordinateur, sans autre commentaire que des remarques techniques ou organisationnelles. Deux stagiaires (internes ?) présentes dans la salle recueillaient la Parole Médicale avec Respect et Recueillement. Nous sommes ressortis de ce premier rendez-vous de PMA confus, découragés par le nombre de rendez-vous à prendre chez d’autres spécialistes et les délais imposés pour avoir ces rendez-vous. Nous qui étions dans cette démarche depuis plus de 8 mois, lorsque nous avions commencé les analyses avec ma gynécologue de ville, et qui pensions arriver au bout d’un long tunnel d’attente, nous découvrions un univers quasi-industriel de froideur, d ‘indifférence à notre peine et à nos efforts.

Parce que je lisais Le choeur des femmes, j’ai eu le courage, au milieu de ma confusion et de ma déprime, d’appeler ma gynécologue de ville et de lui parler de mon vécu de cette consultation et de ma déception. Elle m’a écouté, n’a fait aucun commentaire sur la manière dont cela s’était passé et m’a donné le nouveau numéro de téléphone de la praticienne qui était partie du service de PMA de l’hôpital peu de temps auparavant, en me conseillant de l’appeler pour avoir un deuxième avis. Cette collègue venait d’ouvrir un cabinet dédié à la PMA. Ma gynécologue a ajouté, ce fut son unique touche personnelle, que cette personne était gentille et chaleureuse.

Je raconterai la suite plus tard, mais revenons à Martin Winckler.

Je pourrai lui être reconnaissante ma vie entière uniquement pour ce roman, qui m’a aidée à un instant des plus critiques. Si je n’avais pas lu dans Le choeur des femmes que les médecins sont censés nous écouter et prendre soin de nous plutôt que nous pomper de l’air, de l’énergie et de l’argent, et que nous sommes en droit de refuser d’être maltraitées, je n’aurais pas pu passer ce coup de fil salvateur.

Après cet évenement, je me suis intéressée aux autres romans de Martin Winckler, puis à son site d’information sur la contraception, puis à son activisme pour faire changer la médecine française, faire changer le regard posé par les praticiens sur les patients et inversement. Je suis désormais ses activités sur les réseaux sociaux et me régale de ses interventions. Je suis très heureuse du soutien qu’il manifeste aux sage-femmes face au tollé d’un autre temps soulevé récemment par les gynécologues obstétriciens (pour plus d’info, allez voir ma synthèse de l’histoire sur le site des Vendredis Intellos).

Bref, je suis immensément heureuse d’avoir « rencontré » Martin Winckler.

Le faux problème du Burkini

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La mayonnaise monte autour des interdictions locales du Burkini, en raison de l’accumulation de prises de position, parfois instinctives, parfois réfléchies : les politiques de droite et de gauche qui se croient obligés de réagir au quart de tour pour ne rien lâcher aux présidentielles de 2017, les féministes, les religieux, les athées, les laïques, les universitaires, les journalistes, les français, le reste du monde… Bref, c’est la cacophonie.

Pour avoir lu nombre de déclarations ou de réflexions contradictoires sur la question, j’ai finalement mis le doigt sur le nœud du problème : c’est que le maillot de bain intégral, ou Burkini, n’est pas le problème originel.

Le problème originel, c’est la définition du cadre de vie. Nous vivons dans une société et un pays libre. Ce qui est déjà en soi une contradiction, puisque pour vivre en société, il faut établir des règles de vivre ensemble qui limitent la liberté individuelle. Mais, c’est ainsi, le principe de la société est de poser un cadre général qui doit être appliqué à tous, au sein duquel l’individu peut évoluer librement.

Or, la polémique du burkini soulève en réalité la problématique du cadre commun : a-t-on, dans notre société, une règle commune à tous ses habitants quant à leur tenue vestimentaire ? On pourrait penser que oui, puisqu’il est généralement admis qu’on ne se balade pas à poil, à part dans les camps naturistes.

Sauf que c’est totalement faux, et c’est un twittos que je suis régulièrement, HygieSuperBowl, qui l’a révélé, à travers une série de réflexions humoristiques bien senties.

La France ne s’est pas encore dotée d’une règle commune vestimentaire valable pour tous car :

  • une femme peut se mettre torse nu sur la plage mais jamais dans la rue (les femens et les prostituées trop découvertes se font arrêter pour atteinte à la pudeur)
  • une femme peut être totalement habillée dans la rue mais pas toujours sur la plage (la preuve avec l’affaire du burkini)
  • un homme peut être torse nu ou habillé dans la rue et sur la plage.

Il existe donc, dès le départ, une absence de règle commune à toutes et tous, puisque les hommes s’habillent toujours et partout comme ils le souhaitent, tandis que plusieurs interdits s’appliquent aux femmes, des interdits qui changent de nature suivant les endroits où elles se trouvent.

Or, si une telle règle commune était mise en place, le problème du maillot de bain intégral ne se poserait pas. Admettons une hypothèse : si le seul interdit de la règle commune est de laisser à la vue de tous ses parties génitales, alors tout le monde s’habille comme il le souhaite, dans la rue comme à la plage, à partir du moment où ce « tout le monde » porte a minima un slip. Auquel cas hommes et femmes se couvrent de la tête aux pieds ou se baladent torse nu, et le débat n’existe pas.

Et cela fonctionne quelle que soit la règle de départ : elle peut être de se couvrir les parties génitales et les tétons (auquel cas, messieurs, vous vous retrouvez avec des jolis maillot de bain type combishort… ou alors en bikini)

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Petit rappel : les seins des femmes ne sont pas des parties génitales. Ce sont des excroissances qui se forment sous les tétons communs aux deux sexes, et qui ont comme fonction primale de permettre la lactation pour nourrir les nouveaux-nés. Cela s’appelle un « caractère sexuel secondaire  » et son apparition marque le passage à l’age adulte, tout comme celle des poils. Il conviendrait donc d’arrêter de les considérer comme indécents dès qu’ils sortent le bout du téton. Je vois pour ma part très souvent des tétons de mec, et je ne leur saute pas dessus, ni pour leur dire que c’est indécent, et encore moins parce que ma libido efface mon éducation. A bon entendeur…

Ma proposition est donc la suivante : créons une commission qui proposera une règle commune sur la tenue vestimentaire, valable pour tous les habitants de ce pays, quel que soit leur âge, leur sexe ou leur religion. Car bien évidemment cette règle se doit d’être libre de toute considération religieuse (notre république est laïque, donc ses lois le sont) et non sexiste. Cette règle serait votée par le Parlement et tout le monde, quel que soit son sexe et son genre, pourrait s’habiller librement à partir du moment où sa tenue rentre dans le cadre de la loi…

Il vaut mieux, à mon sens, que le cadre soit minimaliste, histoire de laisser autant de latitude que possible à tous. Mais je ne suis pas celle qui fait les lois.

Cela permettrait de régler sans vague les problèmes posés par les tenues des femmes. Qui que soit le plaignant, on se réfère à la loi, point barre. Partons de l’hypothèse minimaliste : le port du slip est le seul obligatoire. Un homme refuse à sa femme, sa soeur ou sa fille de partir en bikini à la plage ? Il a tort, il est condamné, car la seule obligation pour ces femmes et ces filles est de porter un slip et l’homme ne peut pas les contraindre à porter autre chose si elles ne le souhaitent pas. Une femme ou un homme préfèrent rester entièrement habillés à la plage ? Aucune commune ne peut les condamner, puisqu’ils portent au moins un slip.

Évidemment, nous ne vivons pas chez les Bisounours. Ce n’est pas une panacée, et les tensions existeront toujours. Mais elles seraient beaucoup plus facilement canalisées si le cadre commun était posé de façon claire et équitable. Ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

Il serait temps de s’en occuper, vous ne croyez pas ?

Le chaman au feu dansant

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Durant mes vacances, j’ai rencontré, lors de la visite d’un centre de découverte de la préhistoire en Vendée, un petit mec, sec comme un coup de trique, les yeux vifs, l’esprit acéré, qui animait un atelier de feu. C’est à dire qu’il montrait comment nos ancêtres les hommes de cro-magnon allumaient un feu avec deux bouts de bois et un rond de paille. Effet garanti sur les mômes – mais aussi sur les parents.

Il jouait au chaman, dansant et soufflant dans son agrégat de paille pour aviver les braises précédemment obtenues. Il était drôle. Et il accompagnait sa démonstration de commentaires sur la réalité quotidienne de nos ancêtres.

Comment le moindre  brin de paille, le moindre morceau de bois adapté à l’allumage du feu était précieusement recueilli et conservé pour éviter les coups durs, nombreux dans la vie de la préhistoire.Comment ils pensaient et vivaient, quelles étaient leur priorités et comment leur expérience et leur sens pratique les sauvaient de la plupart des dangers.

Il racontait aussi que l’allumage du feu, dans les sociétés primaires, a été rapidement confié aux femmes. Une responsabilité cruciale pour la survie du groupe. Que c’était les femmes qui, avec leurs cueillettes, leurs collets pour petits animaux et leur expertise du feu, nourrissaient leur clan à plus de 70%. Comment cela a perduré jusqu’à aujourd’hui, dans les tribus d’Afrique, par exemple.  Et comment, aujourd’hui que les chasses aux grands animaux ont disparu, la répartition des tâches demeure : les femmes font TOUT le travail dans les villages tribaux, pendant que les hommes palabrent sans fin, n’ayant plus de grandes chasses à mener.

Il enchaînait en imaginant à l’inverse un Koh Lanta d’éthiopiens en France, suivis par des caméras, où les gars tomberaient de leurs chaises en voyant les français prendre leur voiture pour acheter du pain à la boulangerie qui se trouve à  15 mètres, ou tomber sur des panneaux indiquant de ne pas sauter… au bord d’une falaise. Et les éthiopiens de se dire : « ils sont fous, ces français !! ».

Bref, c’était le chaman au feu dansant, et il a illuminé ma journée.

La parentalité, mon boulet

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Mère = un job acceptable, tant qu’on n’en a pas un autre en sus.

Mon expérience personnelle

J’ai expérimenté, durant les trois dernières semaines, une situation qui m’a douloureusement confirmé que ma parentalité, en tant que mère, constitue un très gros handicap professionnel.

Mon chef est parti en vacances estivales. Chaque fois qu’il s’absente, il passe le relais à un de ses trois responsables de département, dont je suis. En réalité, jusqu’à maintenant, il déléguait la gestion à ma collègue E. et moi-même. Et puis, cette fois-ci, pour la première fois, c’est à mon collègue K. que la responsabilité fut échue.

Durant ces trois semaines, K. a pris soin de l’équipe, attentif, disponible. Il a augmenté notablement son amplitude horaire pour pouvoir accompagner les collègues et réagir au quart de tour si une difficulté se présentait. Il y en eu plusieurs (dont ma propre absence pour cause de maladie et d’enfant malade – oui, les deux).

Au retour du chef, le bilan est très positif, pour toute l’équipe. A tel point que certains membres de l’équipe ont exprimé le souhait de revoir K. prendre le relais à la prochaine absence du directeur. Bref, une première expérience réussie pour tout le monde.

Durant toute la période de gestion du service par K., j’ai noté combien sa disponibilité a permis à l’équipe de se sentir à l’aise, en sécurité. Et j’en ai été jalouse.

Jalouse non pas des compétences de K., révélées à cette occasion, ou de son succès auprès de l’équipe, bien mérité !, mais parce que j’ai découvert que je suis désormais et je serai encore longtemps, incapable de proposer une telle disponibilité à mes collègues. Pourquoi ? Parce que je suis une mère, et que lui est un père.

Nous avons chacun deux enfants en bas âge. Nous sommes de la même génération. Notre niveau de responsabilité professionnelle est le même. Il est un parent impliqué, tout comme moi. Mais K. est ou peut se rendre disponible pour son travail lorsque les conditions l’exigent. Et cela m’est impossible !

Pourquoi cela est-il possible pour  K. ? Parce que sa compagne est en congé parental complet depuis la naissance de ses enfants. En tant normal, elle travaille dans un service scolaire qui lui permet d’avoir des horaires de travail et des vacances compatibles avec les rythmes de vie des enfants. K. ne se pose donc jamais la question (et il ne se la posera pas avant très longtemps, voire jamais) de savoir si sa compagne peut prendre le relais auprès des enfants : elle le fait toujours, et ce sont ses interventions à lui qui constituent l’exception auprès des enfants.

Pourquoi cela m’est-il impossible ? Parce que dans mon couple, mon plus faible salaire et mon statut de non cadre fait de moi la variable d’ajustement pour gérer les récupérations d’enfants le soir, les activités extra-scolaires, les maladies impromptues, les rendez-vous médicaux et paramédicaux. Mon compagnon et moi avons tous deux le même niveau d’étude, mais des métiers très différents. Le sien est deux fois mieux rémunéré que le mien, et il a le statut de cadre, alors que je ne l’ai pas. Mon métier est, sur le papier, plus contraignant : je pointe sur des horaires précis, ce qui n’est pas le cas de mon compagnon, j’ai un horaire tardif en soirée au moins une fois par semaine, je travaille le samedi toute la journée et il m’est impossible de prendre les mercredis en congé. Mais en réalité, je suis celle qui va chercher les enfants 4 soirs sur 5, qui prend les rendez-vous, les y emmène 8 fois sur 10 et qui s’arrête s’ils sont malades 12 fois sur 14 (c’est bien simple : j’ai droit à 12 jours enfants malades par an, et lui, à 2 seulement). Bien sûr, il s’occupe des enfants le samedi quand je travaille. Mais cela ne lui coûte rien en termes professionnels !

Pour couronner le tout, j’ai dû prendre un 20% parental afin que nous puissions faire face à la surcharge de travail domestique due à l’arrivée du deuxième enfant. Pourquoi moi, me direz-vous ? Parce que le manque à gagner sur mon salaire est anecdotique en comparaison de ce que serait celui de mon compagnon s’il prenait un 20% parental. Double peine : non seulement je ne travaille pas un jour par semaine, mais mon 20% n’est pas remplacé ! Je dois donc faire rentrer 100% de mes missions professionnelles en 80% de temps.

Autant dire que je passe ma vie à courir après le temps, que ce soit au travail ou à la maison. Cela me rend très peu disponible : je n’ai pas marge de manœuvre et aucune flexibilité professionnelle. Mes collègues et mes supérieurs ne peuvent pas compter sur moi comme ils peuvent compter sur K. Et c’est frustrant, parce que j’aimerais pouvoir consacrer du temps à mon travail lorsque cela est indispensable.

Or, particulièrement depuis l’arrivée de notre deuxième enfant, ma carrière professionnelle passe systématiquement au second plan de mes priorités quotidiennes, même si je ne le souhaite pas !

Les chiffres

Mon expérience rejoint celle de ces millions de femmes qui, parce qu’elles gagnent moins que leur conjoint, se voient charger prioritairement des tâches parentales et leur corollaire, les tâches ménagères. De là à prendre mon cas pour une généralité, je suis tentée… 🙂

Dans l’article sur la répartition des tâches domestiques du site inégalités.fr, on note que non seulement les femmes travaillent 1h26 de plus que les hommes chaque jour, mais que l’évolution sur 11 ans a révélé que les hommes ne font qu’une seule minute de travail domestique en plus… alors que les femmes ont diminué le leur de 22 minutes.

Je suis ravie que les femmes aient fini par comprendre que repasser tous les jeans et toutes les petites culottes est quand même légèrement superflu. Mais je ne suis pas ravie que les messieurs n’aient pas vu la nécessité de mettre plus souvent les tas de vêtements sales dans une panière à linge, de puiser dans la panière pour mettre le linge dans le lave-linge, le programmer, le vider, étendre son contenu avant de le plier (je ne parle pas de repassage) et de le ranger dans les placards de la maison. Et de recommencer le lendemain. Et le surlendemain. Et le jour suivant. Une tâche répétitive, peu gratifiante et ennuyeuse au possible. Et pourtant, indispensable.

Un article du Monde reprend un étude de l’INSEE sur l’évolution du partage des tâches dans les 35 dernières années.

« si les hommes, pris dans leur globalité, demeurent réfractaires à la vaisselle et à l’entretien du linge, ils consacrent en revanche cinquante minutes de plus par semaine aux enfants, « l’essentiel de cette évolution s’étant produite au cours de la dernière décennie », précise l’étude. Sans surprise, ce sont surtout les activités de jeux, de conversation et d’aide à l’apprentissage que les pères privilégient, c’est-à-dire celles qui procurent le plus de satisfaction. »

Et pourtant, nous, les femmes continuons à assurer les deux tiers des tâches parentales, celles qui, justement, ne procurent pas tellement de satisfaction (n’est-ce pas moi qui évoquait plus haut ces fameux rendez-vous et maladies ?).

Le CREDOC avait sorti une étude sur la question, reprise et commentée sur le site francetvinfo.fr, à propos de cette répartition. Et Ô surprise, on y découvre que l’arrivée des enfants renforce les écarts en termes de partage des tâches domestiques.

« Sans enfant, une femme consacre 38 minutes par jour en moyenne au ménage, mais 45 minutes avec deux enfants et 62 minutes avec trois. Les hommes, pères ou non, ne dépassent jamais 14 minutes. »

Mais pourquoi ? Pourquoi revient-on plus vite aux schémas familiaux traditionnels dès que les enfants pointent le bout de leur nez ?

Pour ma part, je pense que l’écart de salaire est une composante fondamentale de l’équation. Si l’écart entre deux salaires se limitait à, disons, 10 %, le choix de sacrifier un peu de sa disponibilité professionnelle se porterait moins souvent et surtout moins systématiquement sur le plus bas salaire. Les contraintes du quotidien qui entament la disponibilité professionnelle (arriver un peu tard, partir un peu tôt, s’absenter pour assurer un RDV ) seraient réparties de façon plus égales. Bien sûr, l’idéal serait de ramener l’écart de salaire à zéro, mais il faut tout de même faire preuve de pragmatisme : dans un couple, on exerce rarement le même métier. A métiers différents, rémunération et contraintes différentes.

A partir de là, on pourrait évidemment partir sur le déterminisme genré dans les métiers exercés par les hommes et par les femmes, et constater qu’évidemment, on n’est pas sorti des ronces. De toute façon, on n’en est pas sorti. Mais on peut toujours commencer à couper des épines…