« Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule »

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Cette gracieuse et riante citation provient du site Colère : nom féminin, qui propose à la vente quelques articles (sacs, t-shirts) affichant des slogans dénonçant le harcèlement de rue, et dont tous les bénéfices sont reversés à des associations luttant contre le harcèlement de rue, l’homophobie et les violences faites aux femmes.

Le harcèlement de rue a bénéficié depuis trois ans environ de multiples mises en lumière, articles de blog ou de journaux, reportages vidéo. Un sujet qui a eu le mérite de me faire réfléchir à la façon dont je pensais la femme dans ma société, à cette culture du viol que j’entends dénoncer et qui ne m’était jamais apparue clairement.

Grande ado et jeune adulte, je me camouflais sous des tenues informes, une absence totale de coquetterie, et des lunettes nécessaires, mais moches. Influencée par une mère qui avait été très belle jeune et qui en avait souffert (on l’avait bien trop souvent prise pour une poupée sans cervelle, à une époque où on attendait encore pas mal des femmes qu’elle soient essentiellement décoratives), même en sachant que j’étais moins jolie qu’elle, j’avais décidé de me faire apprécier uniquement pour mes qualités invisibles au premier abord : mon caractère, ma personnalité, mon intelligence, mes compétences. Mes premières affirmations féministes, quoi.

Cela a relativement bien marché. Je n’ai eu aucun mal à me faire des amis. Des femmes, bien sûr, mais aussi des hommes. Comme je n’étais jamais dans un rapport de séduction évident, j’ai pu compter sur l’amitié et la complicité de beaucoup d’entre eux, tout en ayant la possibilité d’une vie amoureuse si cela me chantait. Je me souviens d’un pote avec qui j’ai traîné une année entière durant mes études. Il logeait chez moi de façon officieuse, parce qu’il ne supportait pas sa colocataire. Nous sortions toujours ensemble, pour aller au cinéma, au bar, bref, une vie d’étudiant. Ma propre mère était persuadée qu’il était mon petit ami (ce qui ne me serait jamais venu à l’idée, et à lui non plus : il avait une amoureuse qui faisait ses études dans une autre ville). Notre camaraderie et notre proximité étaient telles qu’un soir, alors que nous croisions une jolie fille sur un pont, il se retourna sur elle et me dit discrètement en la regardant :  « waou, dis donc, t’as vu le châssis ? ». Ce à quoi j’acquiesçais (ben oui, elle était jolie). Et là, mon pote me regarda, interloqué, et me dit : « oh merde, j’ai oublié que tu es une fille ! ». Honnêtement, à ce moment là de ma vie, c’était le plus beau compliment qu’on pouvait me faire.

Cette période de reniement de mon image a duré assez longtemps, jusqu’à environ 26 ou 27 ans. Et puis, le travail et la maturité aidant, j’ai commencé à me rendre compte que renier une partie de moi était stupide et que si j’étais une personne humaine digne de respect, je n’avais certainement pas à camoufler ma féminité. Ce processus fut lent, et dix ans plus tard, il est toujours en maturation. J’ai désormais de jolies lunettes (et si je pouvais je n’en porterais pas !), je mets des robes près du corps si je considère qu’elles me mettent en valeur et j’ai des hauts qui montrent mes jolies épaules rondes et mon décolleté si je veux. J’ai même investi dans des chaussures à talon ! Il n’en reste pas moins que, jusqu’à ce que je prenne connaissance des infos concernant le harcèlement de rue, je considérais qu’il valait quand même mieux faire profil bas et éviter de se maquiller comme une voiture volée si on voulait éviter les ennuis.

Et puis, un jour, je suis tombée sur cette infographie :

https://unjouruneidee.files.wordpress.com/2014/02/causes-du-viol.jpg?w=598&h=274

Et là, enfin, dans ma petite tête, ça a fait tilt.

Depuis, je collectionne les tilts. Tenez, ce mec, par exemple, Vincent Lahouze, qui a posté début juin sur son profil Facebook ce petit texte percutant :

« Demain je compte mettre un short pour aller au boulot

j’espère que je ne me ferai pas siffler dans la rue que je ne me ferai pas traiter de petite pute par des nanas si je refuse de donner mon numéro une cigarette ou si je ne réponds pas à un compliment vulgaire

« wesh t’es beau jeune homme sans déconner t’es charmant t’es célibataire il est à toi ce petit cul eh reviens allez c’est bon putain sale pute va « 

Truc du genre

j’espère que je ne prendrai pas une main au cul dans le métro par une vieille perverse profitant des heures de pointe et qui se collera à moi durant tout le trajet et tandis que je sentirai ses seins durcis contre mon dos je baisserai la tête honteux de ne pas pouvoir bouger tétanisé en sueur

Je ne rentrerai pas trop tard du travail et j’éviterai de traverser le parc tout seul on ne sait jamais une mauvaise rencontre est si vite arrivée mais c’est de ma faute je l’aurai bien cherché après tout je montre mes jambes je suis open à ce qu’on vienne me casser les pattes arrières non

Demain je mettrai un short pour aller au boulot et il ne m’arrivera rien parce que je suis un homme, tout simplement.

L’égalité, c’est pour quand ? »

Suite à la lecture de ce statut, jeudi, j’ai fait une petite expérience : je passais à la bibliothèque à côté de chez moi, et j’ai interpelé le seul bibliothécaire mâle sur le fait qu’il portait un short. Il faut le dire, c’est un joli garçon, le short lui va bien, et il a la chance de travailler dans un milieu professionnel où personne ne lui reprochera de se mettre dans une tenue courte (alors que mon homme, lui, ne pourrait pas, même par une canicule de 40°C comme celle qui nous arrive dessus). Et bien, le bibliothécaire était surpris que je lui fasse la remarque. J’ai vu et senti sa sidération. Cela a été rapide, quasi furtif, mais il est était clair qu’il n’avait pas l’habitude qu’on lui fasse remarquer ce genre de chose. Il a beau être plutôt coquet, il n’est jamais traité comme un objet. Bien entendu, mon interpellation était dénuée de toute agressivité, et nullement accompagnée du moindre commentaire. Mais combien de femmes ont droit à autant d’égards, dans la rue et les lieux publics ?

J’ai donc pris conscience récemment que jamais les femmes ne sont en cause dans les agressions qu’elles subissent au quotidien. JAMAIS. Les seules personnes en cause sont les hommes qui les agresse, le plus souvent parce qu’ils n’ont pas été éduqués à les respecter comme ils se respectent eux-mêmes. Enfin, quand ils se respectent.

Les femmes sont encore trop souvent dans l’imaginaire collectif un bien plutôt qu’un sujet, et leur corps appartient à toute personne pouvant poser l’oeil dessus. On va me dire que j’exagère, mais si vous saviez le nombre de personnes qui me touchaient spontanément le ventre lorsque j’étais enceinte… Parce que ma grossesse, mon bébé, étaient considérés comme un bien commun. Les gens qui le faisaient étaient le plus souvent plein de bonnes intentions, mais il m’a toujours semblé incroyable qu’on ne pense pas à me demander l’autorisation. Dans la majorité des cas, je l’aurais donnée. C’est aussi simple que cela…

Aujourd’hui, pour des tas de raisons, je ne suis pour ainsi dire jamais interpelée dans la rue. Je fréquente peu les centre-villes et les transports en commun, ma vie actuelle ne m’y mène que rarement. Et lorsque j’y vais, il se trouve que je suis le plus souvent accompagnée de mon homme, dont la carrure ne passe pas inaperçue (oui, il pèse son quintal).

Mais j’ai connu le harcèlement de rue, il y a quelques années, alors même que j’étais dans ma période camouflage. Un dimanche soir en particulier, dans le bus, alors que je revenais de mon week-end familial et que j’étais encombrée d’un gros bagage. Dans le transport bondé, un type s’est frotté contre mes fesses de façon insistante durant presque 10mn. Vu la densité de population dans le bus, il m’a fallu un moment pour comprendre que c’était délibéré. Je tentais de me retourner pour l’identifier et l’interpeler, je n’avais pas la place. Je tentais de me soustraire à ses frottements en m’avançant, je n’avais pas la place non plus. Alors, au moment de sortir du bus, ayant repéré ses jambes derrière moi, je lui ai asséné de toutes mes forces un coup dans les chevilles avec mon gros bagage, dans un mouvement tournant bien senti. Il n’a rien dit, me confirmant que son acte était délibéré : toute autre personne ne se serait pas gêné pour gueuler contre ma « maladresse ». Je me suis sentie sale longtemps, alors même que je n’y étais absolument pour rien…

Pourquoi certains hommes se sentent-ils le droit de s’arroger ainsi le corps de l’autre ? Et de le mépriser par la même occasion ? Je reste toujours pantoise devant ce type de comportement. Et je suis heureuse de ne pas vivre dans des pays où l’on considère de façon étatique que les femmes sont des dangers pour la vertu des hommes… Parce que même chez nous, cet avis prévaut bien trop souvent. Regardez donc cet e-mail de directeur d’établissement scolaire relayé sur la page Facebook du magazine Causette :

« je dois vous informer que certaines tenues de nos adolescentes les plus alertes auraient, me semble-t-il, des effets ravageurs sur nos garçons les plus fragiles, les plus prompts à oublier dare-dare les objectifs de réussite assignés par notre établissement. »

Les garçons sont donc fragiles et doivent être protégés de l’agressivité vestimentaire des filles ? Mais c’est QUOI CE BORDEL ? Est-on en France dans un pays civilisé et développé, oui ou non ? Personnellement, je ne me souviens pas avoir jamais été perturbée à ce point par un joli garçon en short et marcel moulant au cours de mes années adolescentes. Et pourtant, mes hormones bouillaient au moins tout autant que celles des messieurs… C’est une nouvelle fois un manque d’éducation des garçons et un encouragement à la culture du viol.

Bref, je crains qu’il ne nous reste, beaucoup, beaucoup de travail…

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Weborama #2 : maternité/parentalité

J’ai trouvé, grâce au site d’information Les nouvelles NEWS, un blog que je ne connaissais pas : Maman travaille. Et dans l’un des articles, deux citations m’ont interpelées.

De la versatilité des parents

Une même femme n’est jamais deux fois la même mère.

Je n’avais jamais entendu ou lu cela dans ces termes. Et je trouve la formule frappée au coin du bon sens et de l’efficacité. Je vais donc faire mienne cette citation. Enceinte de mon deuxième enfant, je pouvais déjà dire que je ne serais pas la même mère que pour mon premier. Pour tout un tas de raisons trop longues à expliquer ici, mais je le savais. Et je culpabilisais, persuadée d’introduire ainsi de l’iniquité dans ma relation avec mes deux enfants. Peur de ne pas les aimer autant l’un que l’autre, de ne pas leur donner les mêmes chances… La découverte de cette phrase m’a rassénérée : nous sommes donc toutes (et tous, les hommes aussi ne sont jamais deux fois les mêmes pères) ainsi faites, et nos enfants s’en accommodent fort bien.

Des étiquettes posées sur le dos des mères

D’après les clichés en vogue, l’allaitante est une fusionnelle hippie, la biberonnante une femme psychorigide et distante, la working mom une carriériste sans cœur et la mère au foyer une personne abusive sans vie sociale…

Excellent résumé des clichés qui nous collent à la peau. J’ai vu dans le regard de jeunes femmes ne souhaitant pas allaiter l’étiquette « fusionnelle hippie » posée sur moi lorsqu’en séance de préparation à la naissance, j’ai déclaré vouloir le faire. Je ne leur en veux pas : elles étaient bien plus jeunes que moi, et encore inconscientes de la portée des jugements hâtifs sur la vie et le bien-être des mères. D’autres leur feraient remarquer bien assez tôt qu’elles avaient un profil de femmes psychorigides et distantes – ce que je me garderai bien de faire, puisque l’expérience m’a appris que c’est totalement faux. Je vous renvoie pour l’occasion vers mon article sur l’allaitement. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’on peut également me coller l’étiquette de « carriériste sans coeur » puisque je n’ai jamais eu l’intention de prendre de congé parental, que ce soit à temps partiel ou à plein temps, alors que financièrement j’aurais pu me le permettre (une circonstance particulièrement aggravante selon certaines personnes).

Des besoins réels des femmes venant d’accoucher

J’ai trouvé, via les réseaux sociaux, un lien vers cet article de blog, dont quelques phrases particulièrement savoureuses ont retenu mon attention.

Je suis jeune maman, j’ai expulsé un môme et un placenta mais pas le mode d’emploi. Soyez patients, expliquez moi. 

Un bébé n’est jamais livré avec le mode d’emploi. JAMAIS. Et personne ne nous le dit avant. Alors il faut être rassurant, patient et très, très gentil avec les mamans et les papas débutants.

Pensez à m’apporter des cadeaux, à moi aussi.

Et oui. On a bossé pendant 9 mois pour le porter, et pendant des heures, voire des jours, pour le mettre au monde. Et après ça nous attendent des mois de fatigue, de manque de sommeil, de doutes, d’angoisse et de pétage de plomb. Je vous promets qu’on mérite amplement tous les cadeaux que vous pourriez nous faire.

Respectez les horaires de visite, pas ceux de la maternité, NON, LES MIENS, que je vous communiquerai sans faute pour une bonne logistique et pour qu’on évite que ce soit la teuf toute la journée, j’ai dormi 1 h 27 depuis deux jours.

On ne le dit pas assez : on est crevée. CRE-VÉE. Les matinées étant consacrées aux visites médicales et aux soins, on ne peut vraiment se reposer que les après-midi. Donc arriver la bouche en coeur à 12h pile (parce que c’est l’heure de début des visites) pour s’extasier devant son petit-fils ou sa petite-fille en papillonnant comme des libellules, c’est le contraire de ce qu’il faut faire.

Reviens avec un cadeau pour ta femme chérie. NON DEUX. NON TROIS ! (27 h de travail mec, 27 HEURES !) 

et

Ne te plains pas. Jamais ! J’ai souffert, JE SUIS UNE WARRIOR, tu es admiratif et ce, pendant au moins 5 jours ! Non, 10 !

Messieurs, si vous n’avez toujours pas compris à quel point nous sommes des héroïnes de porter et de mettre au monde des enfants, c’est que vous ne méritez pas d’être père. Pas même d’être notre amoureux. Bref, que vous êtes des sous-merdes. Si. Alors vous avez intérêt à être aux petits oignons, plein de reconnaissance et de tact, à ne jamais vous vexer ni vous indigner de notre flemme pendant au moins 8 semaines. Au moins. Minimum. Démerdez-vous avec ça.

L’accouchement médicalisé : c’est parfois nécessaire, mais ça peut aussi être très moche

Avant-propos

Toutes les mères le savent, il n’y a rien dont on n’aime plus parler que de nos accouchements. Surtout quand il y a eu des problèmes. De quoi faire chier le monde entier, qui ne veut certainement pas l’entendre.

Et si le monde ne veut pas l’entendre, ça peut être pour de très bonnes raisons : par exemple, pour ne pas stresser inutilement les femmes enceintes, déjà émotionnellement vulnérables en raison de leur état hormonal. Ça peut être aussi pour de mauvaises raisons, par exemple lorsqu’on s’entend dire que c’est bon, des millions de générations de femmes sont déjà passées par là, et que tu ne vas pas en faire un fromage.

Alors voilà : tu es une femme enceinte ? Tu en es à ta première grossesse ? Passe ton chemin. Non, franchement, je ne veux pas te faire peur. Si malgré tout, tu restes, dis-toi bien que je ne partage pas mon expérience pour tirer des larmes au lecteur, mais bien pour le faire réfléchir à ce qu’est la naissance en France aujourd’hui.

Et toi, là, tu en as marre que ces petites chochottes passent leur temps à se plaindre alors qu’elles font la chose la plus naturelle du monde, 800 000 fois par an dans notre beau pays ? Je t’invite à lire cet article, où tu apprendras avec profit que ça a beau être naturel, notre évolution biologique et sociale a fait des humaines les êtres vivants les moins aptes à enfanter.

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Attention, je commence

Un dimanche soir, alors que le terme de ma première grossesse est pour le lendemain, je suis prise de violentes douleurs dans le dos. Pensant qu’il s’agit de contractions (je n’en avais pas eu de toute ma grossesse), je prends donc le chemin de la maternité. Un monitoring plus tard, alors que je souffre toujours, j’apprends qu’il s’agit non pas de l’accouchement qui commence, mais d’une magnifique colique néphrétique.

Pour me soulager, on me dit qu’on va me donner du Spasfon en intraveineuse (pour que l’effet soit plus rapide) et qu’on me garde donc pour la nuit. Fort bien. Une chambre attribuée et un cathéter plus tard (la pose est difficile et douloureuse, la sage-femme pas très expérimentée), je me prépare à avoir moins mal. Las, les heures passent, et j’ai la douleur ne me quitte pas. Je ne dors pas. Aux alentours de 5h du matin, on vient me remettre une deuxième poche de Spasfon, et un quart-d’heure plus tard, enfin, la douleur finit par me laisser.

Sauf que pour dormir, tintin ! Changement d’équipe à 6h, la journée de l’hôpital commence : prise de tension, de température, petit déjeuner, femme de ménage, visite de la sage-femme, monitoring du bébé, vérification de mon col, annonce du passage de la gynéco dans la matinée. Je ne dors toujours pas. La gynéco arrive vers 10h et me dit que puisque je suis à terme, on va me déclencher. Ah ? Ok. C’est mon premier accouchement, je ne vois rien à redire.

Puisque mon col n’est pas mûr (mais pas du tout, il est fermé et long), on me pose un Propess à midi. Le Propess, c’est un patch hormonal qu’on colle à côté du col (!) pour le faire ramollir. La pose fait un mal de chien. Bien. On me dit ensuite de me balader pour aider la maturation, mais sans sortir de la maternité. Ce qui limite quand même beaucoup le champ de promenade. Je fais ce qu’on me dit. Mais ce fichu patch me fait très mal, je le sens sans arrêt. Je marche donc à petits pas, pliée en deux par la douleur et par la fatigue accumulée depuis la veille.

Le soir, tard, le col n’est toujours pas ouvert. Chaque examen du col (j’en subis au moins quatre entre midi et 21h) me fait très mal. Je me prépare à une deuxième nuit à la maternité. Hélas, une nuit beaucoup, beaucoup plus fatigante que la première : je ne suis pas dans ma chambre – à laquelle je me suis habituée et qui commence à m’être familière – mais dans une salle de travail, la douleur est infernale, le sommeil impossible malgré l’absolue nécessité de le trouver. [Je vous rappelle qu’à 9 mois de grossesse, une femme est épuisée sans rien avoir à faire. Alors quand elle souffre et qu’elle ne peut pas dormir, je vous laisse imaginer dans quel état elle se trouve.]

Cette nuit là est cauchemardesque. Je pleure de désespoir, d’épuisement et de douleur dans les bras d’une sage-femme adorable, mais trop jeune pour vraiment me rassurer. Je ne comprends pas pourquoi je dois en passer par là. Le lendemain à 7h, on me refait encore un examen du col (j’en ai eu deux dans la nuit) et la sage-femme m’annonce avec un grand sourire qu’on va passer en salle d’accouchement. Le col est ouvert à…2. Deux. Seulement ? Je viens de passer 18 heures à souffrir comme une damnée pour ça ?

Je passe donc en salle d’accouchement, on m’enlève enfin ce patch de cauchemar. Enlever ce truc me fait mal. En fait, c’est encore plus douloureux que tout ce qu’il m’a fait endurer jusque là… Mais bon, ça y est, j’en suis débarrassée. On me relie à une poche d’ocytocine de synthèse, l’hormone responsable des contractions de l’utérus. Si mon bébé avait été prêt à naître, il en aurait informé mon cerveau, qui aurait produit lui-même l’ocytocine. Mais bon, je suis déclenchée, donc c’est le médicament qui fait le boulot à ma place.

Sous monitoring constant, j’étudie mes contractions sur l’écran. Grosso modo, ma ligne de contractions ne ressemble… à rien. Normalement, elle doit former de belles sinusoïdes, comme ça :

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Et ben, en fait, non. Soit rien, soit une floppée de toutes petites piques. Et je ne sens rien d’autre qu’une tension constante dans mon ventre. Je bouge un peu, lit, ballon, ballon, lit, mais de toute façon je suis épuisée.

A midi, le staff fait venir l’anesthésiste pour qu’il me pose la péridurale. Un cowboy qui fit gicler de la bétadine dans toute la pièce et parle au téléphone (que lui tient une assistante) pendant qu’il me pique le dos. On me dit : « allez, comme à la préparation à l’accouchement, vous vous mettez en position ! ». Heu… je ne l’ai pas faite chez vous, la préparation, de quoi vous parlez ? Et si vous m’expliquiez ? Mais on ne m’explique pas grand chose et je subis la piqûre en ayant vraiment la trouille. Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas avant ou après ? Je ne sais pas, personne ne me le dit.

Je découvre que je n’ai pas la main sur les doses d’anesthésiant. C’est une grosse seringue de 4 heures qui délivre son contenu en continu. Bon. Je suis donc allongée sur le lit, et j’attends. Je me détends enfin pour la première fois depuis 36 heures. Pas de douleur nulle part. Un point de lumière dans un monde de ténèbres.

Mais deux heures plus tard, au énième examen du col (j’exècre déjà cet examen depuis la veille), je ne suis ouverte qu’à 4. De plus, on me perce la poche des eaux, qui révèle un liquide amniotique légèrement tinté. Bébé en souffrance. La gynéco annonce qu’il faudra peut-être faire passer le bébé par la fenêtre plutôt que par la porte. QUOI ? Une césarienne ? Mais c’est quoi cette nouvelle merde ? Elle me dit qu’elle me laisse encore deux heures, mais que si ça n’a pas bougé d’ici là on ira en salle d’opération.

Deux heures passent dans l’angoisse. Je n’ai pas mal, certes, physiquement j’ai réussi à atteindre une certaine détente, mais je déteste l’idée de la césarienne et je m’inquiète beaucoup. La sage-femme revient me faire…un examen du col, oui, vous avez deviné. Et là, grand sourire : «  super, vous êtes à 8 ! ». Ah bon ? Et comment j’ai fait alors que ma courbe de contractions est toujours aussi merdique ? Bon, c’est tant mieux, la césarienne est évitée. La sage-femme m’apprend deux choses : qu’elle appelle et attend la gynéco pour commencer et qu’on ne va pas remplir à nouveau la seringue d’anesthésiant, histoire que j’aie des sensations au moment de l’expulsion. Bien. Sauf que la gynéco met plus d’une heure à venir. Autant dire que la péridurale ne fonctionne plus.

On me dit d’attendre une contraction pour pousser – en position gynécologique, alors que j’aurais voulu être sur le côté (et que je l’ai dit). Mais je ne sens pas de contraction. Une auxiliaire vérifie et confirme à la gynéco que mon ventre est constamment tendu, sans vraie contraction ni détente derrière. C’est bien ce que je me tue à dire, mais bon, hein… Alors la gynéco me dit : « c’est pas grave, bloquez et poussez ! » Puis : « poussez encore, poussez plus longtemps, ce n’est pas efficace , et poussez plus fort ! ».

Alors, moi je dis ça comme ça en passant mais d’une, pousser quand il n’y a pas de vraie contraction, ce n’est pas vraiment efficace. Ensuite, pousser fort et longtemps quand on a deux nuits blanches dans les pattes, c’est à peu près la dernière chose dont on est capable. Bref, j’ai beau m’échiner je n’y arrive pas. Le bébé est trop gros, il ne passera jamais comme ça, j’en ai la nette sensation. La gynéco sort les forceps et m’explique ce qu’elle va faire : un petit coup de levier pour aider le bébé. Il le faut, le liquide est plus tinté, le bébé souffre vraiment. Ok. Avec les forceps, la tête finit par passer, non sans mes hurlements pour l’accompagner. Idem pour les épaules, qui me demandent pratiquement autant d’effort. Tout l’étage m’a entendu, je pense.

Lorsqu’il naît vers 17h 30, le bébé (un modèle gigantesque de 53cm et presque 4kg) respire bien mais ne cesse de geindre faiblement. Il a froid. Au lieu de me le laisser en peau à peau sous une couverture chauffante, l’équipe le met en chauffeuse. J’ai à peine eu le temps de le sentir contre moi. Super. C’est pas comme si j’en bavais depuis deux jours pour en arriver là.

Bon, pas d’épisiotomie, heureusement, mais une déchirure à recoudre. La gynéco demande à ce qu’on remette de l’anesthésiant pour que je ne sente pas. Pas de bol, la péri ne fonctionne pas, et je sens tous ses points. Je le dis. Le spray n’y fait rien non plus. Je souffre. Bon, et puis on attend, et… le placenta ne vient pas. La gynéco fait sortir monsieur (on se demande bien pourquoi, il était là tout le temps et n’a pas fait mine de tourner de l’oeil. Il est à l’aise en milieu hospitalier) et va chercher mon placenta à la main, faisant sauter tous les points au passage. Je me tourne vers le bébé en chauffeuse pendant l’opération (qu’on appelle « révision utérine »), faute d’avoir d’homme vers qui demander de l’aide, pendant que je souffre. Oui, parce que la révision utérine, ça fait un mal de chien. Et bien sûr, après, on me recoud une deuxième fois, et j’ai à nouveau mal.

L’équipe, prise dans sa douzaine d’accouchement de la journée, nous laisse dans notre coin, le bébé dans la chauffeuse et nous à côté. Le bébé a l’air d’aller mieux, il est calme et on aimerait l’avoir avec nous. Mais on n’ose pas appeler. Et comme on n’est plus prioritaire, personne ne s’occupe de nous ni ne vient nous voir pendant plus d’une heure et demie. Quand enfin ils reviennent, le bébé a horriblement chaud, il braille. De plus, il a eu faim, ou en tout cas envie de téter, pendant qu’il était en chauffeuse. Une analyse que je peux faire avec le recul et notre vidéo de lui dans son bocal. Au moment T, je ne savais pas qu’il avait besoin de téter, je n’y connaissais rien en bébé. Par contre, une sage-femme ou une auxiliaire de puériculture aurait pu le déceler… Si l’une d’elle avait été là !

Une fois sorti de sa chauffeuse et habillé, il hurle de plus belle, ne se calme pas sur moi qui ne sait pas quoi faire pour le rassurer et finit, sur mon inspiration, dans les bras de son père, où il s’endort comme une souche. Au temps pour le lien mère-enfant à la naissance : il a été réduit à son zéro absolu.

Au fait, je vous ai dit que j’ai eu mal ? Que j’ai souffert pendant 30 heures, moins les 4 heures de péridurales ? Que je n’ai pas dormi pendant 48h ?

Bon, ça y est, c’est fini ?

Ben en fait… Non. Désolée. La suite se résume à une succession de merdes diverses et variées :

– le bébé, mis au sein trop tard, n’a jamais réussi à trouver une bonne technique de tétée (et non, ce n’était pas une question de position, vous pensez bien que j’ai consulté la terre entière pour en avoir le coeur net). J’ai tiré mon lait pour le lui donner au biberon (une logistique énorme en rapport avec l’énergie dont je disposais), et mixé avec des apports de lait en poudre dès 8 jours de vie. J’ai tenu 7 semaines ainsi ;  je me suis épuisée physiquement et mentalement, mais j’étais incapable de m’arrêter, taraudée par la culpabilité.

-j’ai attrapé une infection du sang 10 jours après l’accouchement et une infection urinaire de malade mental après 3 semaines, qui m’ont valu deux retours à l’hôpital et deux traitements antibiotiques de cheval, dont l’un qui m’interdisait que donner mon lait au bébé. Du lait que je tirais et que je jetais, donc. Épuisement supplémentaire.

– j’ai attrapé un simple rhume après 5 semaines, qui m’a achevée.

– Au bout de deux mois, j’ai pris conscience que j’avais perdu toute joie de vivre, que mon optimisme habituel s’était dissipé dans les limbes de la naissance et que je souffrais de m’occuper de mon bébé. Oui, je souffrais de m’occuper de mon bébé ! La moindre anicroche se transformait en drame, le moindre imprévu en tragédie.

Une nuit, épuisée par les pleurs incessants du bébé et mon incapacité à le calmer, je suis passée à une milliseconde de le secouer, et même, de le frapper. Un milliseconde. Je l’ai posé juste à temps dans son transat pour me précipiter à l’autre bout de l’appartement et taper de toutes mes forces sur des coussins en hurlant comme une folle. Je reverrai toujours l’expression horrifiée de mon mari, qui s’étant réveillé d’un bond, croyait que je tapais sur le bébé. Ce souvenir reste pour moi le pire de toute ma vie de femme. Le raconter ici me fait encore monter les larmes aux yeux, des années plus tard, alors même que je sais que mon réflexe a été le bon.

Cela s’appelle une dépression du post-partum. Un truc de malade. J’ai mis 20 mois à me remettre du traumatisme de ma maternité, à commencer à prendre un tout petit peu de plaisir à m’occuper de mon enfant. 20 mois. Presque deux ans. Et l’une des choses qui m’a permise de passer ce cap, ça a été d’accepter de laisser mon enfant à sa nounou le jour de la semaine où je ne travaille pas, afin de réserver du temps pour moi. C’est à dire de moins m’en occuper, pour pouvoir le faire mieux.

Quel est le rapport avec le titre de l’article ?

En revenant sur le récit de l’accouchement en lui-même, vous retrouvez en gras tous les actes médicaux qui l’ont accompagné. Et il y en a eu un sacré paquet : déclenchement avec Propess et Ocytocine, péridurale plombée, examens répétés du col pendant 36 heures, monitoring en continu de 7h à 17h, expulsion en position non physiologique avec forceps, révision utérine. Quand on connaît le principe d’une naissance dite physiologique, on constate que dans cette naissance, rien n’a été vraiment normal. Pour résumer, tout est parti d’un déclenchement de convenance (comme vous êtes là, on vous déclenche, hein…) pour aboutir à une expulsion difficile et des suites traumatisantes. Pas seulement pour moi : pour le bébé aussi. Il faut savoir que cet enfant n’a pas ouvert les yeux pendant plus de deux semaines après sa naissance, histoire de se préserver. On l’a sorti de force, contre sa volonté. D’où sa souffrance pendant le travail : il n’était pas prêt.

En refaisant la boucle, on se rend compte que si cet accouchement n’avait pas été déclenché, et qu’on avait attendu que le bébé veuille sortir tout seul (on avait encore 6 à 7 jours devant nous avant de déclencher par nécessité), je n’aurais pas eu besoin de Propess (donc pas aussi mal au col), ni d’Ocytocine, sauf peut-être à des moments plus tardifs et plus définis dans le temps (pour la délivrance par exemple), pas de monitoring en continu, moins d’examens du col. J’aurais pu avoir une plus grande liberté de mouvement, je n’aurais peut-être pas besoin de péridurale si le travail avançait bien, ou alors une péridurale qui me permette de bouger. Avec une position d’accouchement physiologique et moins de manque de sommeil (dû essentiellement au Propess, je le rappelle), j’aurais pu faire passer ce bébé  sans forceps. Et si le travail s’était déclenché seul, je parierai volontiers que le placenta se serait décollé tout seul, sans besoin de révision utérine. Le bébé n’aurait pas tant souffert, n’aurait pas eu froid à la naissance, et j’aurais pu le garder contre moi et le faire téter. Grosso modo, la seule chose qu’à mon avis je ne pouvais pas éviter, c’est la petite déchirure, vu la taille du morceau !

Alors évidemment, avec des si, on peut refaire le monde et raconter n’importe quoi. On ne sait pas ce qui se serait passé si je n’avais pas été déclenché. Mais aux dires de la sage-femme qui m’a accompagnée lors de ma deuxième grossesse, il est assez évident que j’avais plus de 80% d’éviter la majorité de ces actes médicaux sans le déclenchement.

 

Un accouchement relève normalement d’un processus spontané, comme la digestion ou l’endormissement. C’est inscrit dans nos gènes, notre corps sait faire sans avoir besoin d’aide extérieure. Et lorsque ce processus est respecté, la femme et le bébé libèrent toutes les hormones nécessaires au bon déroulé de la naissance. Les gestes médicaux qui accompagnent aujourd’hui systématiquement les naissances en France sont inutiles dans 80% des cas. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’Organisation Mondiale de la Santé.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : nous avons une chance folle de vivre dans un pays où les femmes qui accouchent peuvent être prises en charge rapidement et efficacement par des équipes médicales en cas de problème. 20% des femmes ont un besoin absolu de ces interventions médicales, sous peine de graves dangers pour elles et/ou leurs bébés. Il n’est pas question de revenir sur des décennies de progrès médicaux. Trop de femmes et de bébés dans le monde meurent faute d’avoir accès ces soins.

Mais il s’agit de 20% des cas. Or, on considère en France que l’accouchement est un risque a priori, alors que dans la plupart des pays d’Europe, tout aussi développés que nous en matière de sécurité sanitaire, il est considéré comme un risque a posteriori. D’où le fait qu’en Suisse, en Belgique, en Allemagne, il y a des maisons de naissance, qui permettent les accouchements non médicalisés suivis par des professionnels, qu’en Angleterre une grande part des femmes accouchent à domicile (non pas seules, mais accompagnées d’un professionnel, pour ceux qui croient qu’on est revenu au moyen âge…) et ce, sans jamais influer négativement sur le taux de mortalité mère-enfant.

 

Je pense donc qu’il est plus que temps de changer notre vision de la naissance, sans rien céder à la performance de nos équipes médicales. Et de privilégier d’abord le processus spontané, physiologique, avant d’intervenir médicalement. De toute façon, les risques sont décelés dans leur majorité largement en avance : grossesses gémellaires, présentation en siège, antécédent d’hémorragie ou de césarienne… Autant de cas qui sont connus tôt au cours d’une grossesse et qui nécessitent, évidemment et sans discussion, une prise en charge plus médicalisée et plus surveillée qu’un cas normal.

La loi autorisant l’expérimentation des maisons de naissance en France, très récente (décembre 2013), prévoit que ces maisons soient immédiatement accolées à une maternité. Histoire de réduire le temps de transfert en cas d’urgence de dernière minute. L’idée est bonne. Mais bon, il faut quand même savoir que dans la plupart des pays, les maisons de naissance ne sont pas accolées aux maternités, et que les accidents ne sont pas plus fréquents. Disons que la France, timorée en la matière, pêche par excès de précaution. Pour info, la loi reste encore lettre morte aujourd’hui, car les décrets d’application ne sont toujours pas parus, 18 mois après le vote. Mais selon certaines sources, ils ne devraient pas tarder

Je reviendrai dans un prochain article sur ce qui se fait aujourd’hui en France, en attendant l’arrivée des maisons de naissance, comme alternative aux accouchements médicalisés des services de maternité. Oui, ces alternatives existent, mais il faut bien les chercher…

Weborama #1 : égalité hommes/femmes

Le choix des mots

A de l’autoritéest autoritaire : laquelle de ces deux expressions est péjorative ? La même que celle qui est systématiquement proposée quand il s’agit des femmes politiques…

Sur le site Les nouvelles NEWS, j’ai trouvé un article édifiant (qui n’est plus disponible qu’aux abonnés, et je n’ai pas pensé à le sauvegarder, hélas) qui décrypte les termes utilisés par un institut de sondage lorsqu’il interroge les sondés sur les personnages politiques. Les termes proposés pour les hommes appartiennent à une sémantique de confiance, et ceux proposés pour les femmes à une sémantique de méfiance. Ou comment saboter dès le départ l’image des femmes de pouvoir…

De la disparition des noms de famille

Najat, Germaine, Geneviève… Pas de nom de famille ? Vallaud-Belkacem, Tillion, De Gaulle-Anthonioz, ce n’est pas pour elles ? Plusieurs articles (ici et ) ont pointé du doigt ces derniers jours la tendance lourde des média à désigner les femmes par leur prénom seul, fussent-elles ministres en fonction ou personnages historiques de premier plan.

Chose qu’on ne fait jamais pour un homme, à moins, justement, comme le site Buzzfeed, de montrer à quel point cela peut être ridicule lorsque c’est appliqué à eux. Ou comment décrédibiliser la fonction ou la réputation d’une personne rien qu’à la manière dont on la désigne…

A propos des noms de famille, et particulièrement de celui des femmes, je vous envoie vers cet article de blog qui remet les pendules à l’heure. Non, les femmes n’ont pas le moins du monde besoin de porter le nom de leur mari. Et les hommes peuvent parfaitement, s’ils le souhaitent, porter celui de leur épouse (et uniquement celui-ci, oui). Bref, nous sommes toutes et tous libres de faire ce que l’on veut en la matière, et ce serait quand même cool que cela se sache.

Les sportives sont décoratives #1

Le fait qu’elles soient athlétiques, talentueuses, puissantes ou agiles est en revanche nettement moins important, il faut le croire. Quand on voit les portraits des footballeuses dans la presse, qui mettent en exergue leur physique avantageux sans aucune référence à leurs compétences de footballeuses (merci à Sophia Aram de l’avoir relevé, avec son talent habituel), on se demande bien pourquoi elles se donnent tant de mal à faire des carrières internationales.

Les sportives sont décoratives #2

A Roland Garros, les réalisateurs proposent toujours et encore de magnifiques gros plans sur les jupes (ou plutôt, l’absence de jupe) des joueuses.

Moi, je propose que la mode des joueurs – oui, les hommes –  évolue : depuis maintenant 20 ans, leurs shorts n’ont plus de court que le nom. Ce vêtement pour les jambes leur arrive au genou, alors que dans les années 80, ils était ultra courts, dénudant ainsi leurs cuisses.

Voyez plutôt : Yannick Noah en 1983, Stan Wawrinka en 2015

https://i2.wp.com/i2.cdn.turner.com/cnn/dam/assets/140414163526-yannick-noah-gal-1-vertical-gallery.jpg           wawrinka-roland-garros-2015

Pourquoi, dans le même temps, les jupes des joueuses se sont-elles raccourcies au point de devenir anecdotiques ? Notez bien que ce qui me dérange, ce n’est pas le fait qu’elles soient si courtes : c’est sans doute plus pratique pour bouger. Non, ce qui me dérange, c’est qu’il y ait deux poids et deux mesures en fonction des sexes… Et que le voyeurisme des caméras s’attarde sur les cuisses des filles, et pas sur celles des garçons, faute d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Faute aussi certainement d’avoir des femmes à la réalisation… Tant qu’à être voyeuriste, je ne vois pas pourquoi moi, je ne pourrais pas mater les jolies cuisses musclées de ces messieurs.

Le pyjama de Wawrinka

Une petite note de bas de page concernant le short de Stan Wawrinka, qui a fait couler de l’encre sous prétexte qu’il ressemble à un bas de pyjama. Au point où en est la mode masculine aujourd’hui (d’un ennui et d’un sérieux mortel), cette remarque est socialement pertinente.

Moi, je vote absolument pour : ce short introduit de la gaieté, de la couleur, de la fantaisie et une note de vulnérabilité – sachant que ladite vulnérabilité n’est qu’une projection mentale de l’interprétation de la mode. Souvenez-vous que sous Louis XV, les hommes étaient maquillés, parés de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, de rubans et de colifichets, et que c’est ainsi qu’on les trouvait le mieux…

Bref, j’espère que le vainqueur de Roland-Garros ne laissera personne lui marcher sur le short.

Allaiter, c’est mode – et ça peut être très con

Aujourd’hui, parlons donc un peu d’un sujet féminin qui peut fâcher fort : l’allaitement.

C’est féminin, parce que seules les femmes peuvent allaiter. En général. Et ça peut fâcher fort, en effet. Voyons cela.allaitement

Le passé et le présent

Il y a 30 ans, l’allaitement n’était pas à la mode. On déconseillait carrément aux jeunes mères d’allaiter leur enfant. On leur disait (parce qu’on le pensait) que le lait de substitution était meilleur et plus sûr. Et puis, ça ne faisait pas moderne. Une femme moderne n’était pas censée ressembler à une vache laitière, puisqu’elle avait des responsabilités hors du cadre familial. Mais ça, c’était avant.

Parce que maintenant, et depuis une bonne dizaine d’année, sous l’impulsion entre autres de la Leche League, l’allaitement maternel a le vent en poupe. Tellement en poupe qu’une mère qui choisit de ne pas allaiter tend à se faire mal voir : le lait maternel est bon pour la santé du bébé, il lui donne tout plein d’anticorps et apporte les nutriments exacts dont il a besoin puisque sa composition s’adapte à son évolution. Donc, aujourd’hui si on n’allaite pas, on n’est pas loin d’être considérée comme une mère indigne !

Je vous conseille la lecture éclairante du livre d’Elisabeth Badinter, Le conflit : le femme et la mère, qui propose une charge impressionnante contre tous les modèles de maintien des femmes à la maison, l’allaitement maternel en première ligne. L’auteure défend un point de vue avec lequel on n’est pas forcé d’être d’accord (et je ne le suis d’ailleurs pas), mais ses données objectives sur la régression de la condition sociale de la femme allaitante font réfléchir quand même un minimum sur la portée de ce choix.

Le choix orienté

Alors, que penser de l’allaitement  ? J’ai cherché des réponses à cette vaste question un peu partout : dans ma propre expérience, sur des sites d’information plus ou moins objectifs, dans des livres (comme celui de Badinter) et auprès des grands spécialistes de l’allaitement que sont les sage-femmes ou les puéricultrices. Pour info, il existe des diplômes universitaires en allaitement. Autant dire que le sujet est sérieux.

D’abord et avant tout, si la femme fait ce choix poussée par une pression sociale ou familiale, que cette pression soit consciente ou inconsciente, il y a 90% de chances que l’allaitement foire au bout de quelques temps, laissant la mère en crise, en mode de culpabilisation à outrance, voire en dépression. Et la dépression post-partum, laissez-moi vous le dire, c’est un océan de merde dans la vie d’un parent, dans lequel il patauge beaucoup trop longtemps. Et une mère qui déprime, c’est un bébé qui ne va pas bien. Auquel cas, dites-vous bien, mesdames et messieurs, que le lait en poudre est parfait. Il est très bien étudié, il en existe des centaines de variétés adaptées à presque tous les cas. Les enfants poussent comme des champignons avec du lait en poudre, merci pour eux. Donc ON ARRÊTE DE CULPABILISER.

Ensuite, si le choix d’allaiter est fait en plein accord avec soi-même, et pas avec celui des autres (qu’ils aillent se faire voir ailleurs), il faut être conscient que notre savoir-faire s’est perdu depuis trop longtemps et que donc, nos proches qui pensant savoir ne savent en réalité rien du tout. Les avis sont constamment contradictoires, voire farfelus, comme pour tout ce qui touche à la périnatalité. Par exemple, on n’a cessé de me dire à ma seconde grossesse : « tiens, tu attends un garçon », parce que je portais mon bébé d’une certaine manière, alors que… c’était une fille. Les légendes périnatales ont la vie dure.

Au moindre grain de sable, à la première tétée inconfortable, il est très fortement conseillé d’appeler à l’aide son/sa sage-femme (ou sa puéricultrice) afin d’enrayer un phénomène d’inconfort qui peut se transformer en cauchemar en moins de deux jours. Ces professionnels sont capables de donner les bons conseils – je pense en particulier aux sages-femmes. Si ils ou elles vous suivent durant votre grossesse, ou mieux encore, font votre suivi gynécologique, ils/elles sont en mesure de vous donner les conseils qui vous sont les plus adaptés parce qu’ils vous connaissent bien. Ces conseils sont souvent très simples à appliquer, et permettent de se pas se décourager lors des phases difficiles (encore faut-il être réellement motivée au départ, je le rappelle).

L’allaitement, ce n’est pas évident

Avant tout, il faut reconnaître le contexte social de l’allaitement : c’est naturel, oui, mais ça ne se fait pas comme cela dans une société où la femme qui vient d’accoucher n’est plus prise en charge par ses proches dans les semaines qui suivent la naissance. Elle doit assumer beaucoup plus de tâches qu’avant, car son conjoint n’a que 11 jours de paternité pour l’aider, pas plusieurs semaines. Des tâches qui ne sont pas compatibles avec la fatigue de l’accouchement, des nuits sans sommeil et des soins à apporter à un nouveau-né.

Quand une femme vient d’avoir un enfant, elle ne devrait strictement rien faire d’autre que dormir, câliner et donner à manger à son bébé pendant au moins un mois. Oubliées, les tâches ménagères, la préparation des repas, les courses, la gestion des grands à emmener à l’école, que sais-je…. Pourquoi ? Parce que la femme doit récupérer des 40 marathons que représente la grossesse en termes de dépense énergétique, plus celui de l’accouchement, et apprendre à créer un lien positif avec ce bébé qui a l’épuisée et malmenée, et dont elle devient pourtant le parent pour la vie. Or l’allaitement est un sacerdoce pendant le premier de mois de vie de votre bébé. Il faut être disponible 8 à 12 fois par 24 heures pour lui donner le sein, sans se fatiguer, sans s’énerver, sans s’angoisser. Mais qui a ce luxe du repos et de la sérénité aujourd’hui ? Les riches. Kate Middleton ou Angelina Jolie. Certainement pas le péquin moyen. C’est pourquoi l’allaitement n’a rien de facile ni d’évident dans notre société.

Je trouve totalement déplacées les nombreuses remarques qui fusent de toutes part au sujet de l’allaitement, qu’elles soient pro ou anti. Je déteste qu’on empêche les femmes d’allaiter en public sous prétexte que c’est indécent (et si vous arrêtiez de regarder nos seins comme des organes sexualisés?) et je déteste tout autant les remarques sournoises qui culpabilisent les mères non allaitantes (qui n’a pas entendu : « et ton bébé, tu le nourris ? », en lieu et place de « tu l’allaites ? ». Comme si lui donner du lait en poudre revenait à le laisser crever de faim…).

Bref, allaiter est un choix qui se doit d’être éclairé, parce qu’assumer un allaitement n’a rien d’évident pour une femme occidentale aujourd’hui. Alors si vous préférez donner du lait en poudre, soyez rassurée : vous êtes une bonne mère. Et si vous décidez d’allaiter, prenez soin de réunir toutes les conditions possibles pour votre confort à vous. Sinon, vous foncez droit dans le mur.