Allaiter, c’est mode – et ça peut être très con

Aujourd’hui, parlons donc un peu d’un sujet féminin qui peut fâcher fort : l’allaitement.

C’est féminin, parce que seules les femmes peuvent allaiter. En général. Et ça peut fâcher fort, en effet. Voyons cela.allaitement

Le passé et le présent

Il y a 30 ans, l’allaitement n’était pas à la mode. On déconseillait carrément aux jeunes mères d’allaiter leur enfant. On leur disait (parce qu’on le pensait) que le lait de substitution était meilleur et plus sûr. Et puis, ça ne faisait pas moderne. Une femme moderne n’était pas censée ressembler à une vache laitière, puisqu’elle avait des responsabilités hors du cadre familial. Mais ça, c’était avant.

Parce que maintenant, et depuis une bonne dizaine d’année, sous l’impulsion entre autres de la Leche League, l’allaitement maternel a le vent en poupe. Tellement en poupe qu’une mère qui choisit de ne pas allaiter tend à se faire mal voir : le lait maternel est bon pour la santé du bébé, il lui donne tout plein d’anticorps et apporte les nutriments exacts dont il a besoin puisque sa composition s’adapte à son évolution. Donc, aujourd’hui si on n’allaite pas, on n’est pas loin d’être considérée comme une mère indigne !

Je vous conseille la lecture éclairante du livre d’Elisabeth Badinter, Le conflit : le femme et la mère, qui propose une charge impressionnante contre tous les modèles de maintien des femmes à la maison, l’allaitement maternel en première ligne. L’auteure défend un point de vue avec lequel on n’est pas forcé d’être d’accord (et je ne le suis d’ailleurs pas), mais ses données objectives sur la régression de la condition sociale de la femme allaitante font réfléchir quand même un minimum sur la portée de ce choix.

Le choix orienté

Alors, que penser de l’allaitement  ? J’ai cherché des réponses à cette vaste question un peu partout : dans ma propre expérience, sur des sites d’information plus ou moins objectifs, dans des livres (comme celui de Badinter) et auprès des grands spécialistes de l’allaitement que sont les sage-femmes ou les puéricultrices. Pour info, il existe des diplômes universitaires en allaitement. Autant dire que le sujet est sérieux.

D’abord et avant tout, si la femme fait ce choix poussée par une pression sociale ou familiale, que cette pression soit consciente ou inconsciente, il y a 90% de chances que l’allaitement foire au bout de quelques temps, laissant la mère en crise, en mode de culpabilisation à outrance, voire en dépression. Et la dépression post-partum, laissez-moi vous le dire, c’est un océan de merde dans la vie d’un parent, dans lequel il patauge beaucoup trop longtemps. Et une mère qui déprime, c’est un bébé qui ne va pas bien. Auquel cas, dites-vous bien, mesdames et messieurs, que le lait en poudre est parfait. Il est très bien étudié, il en existe des centaines de variétés adaptées à presque tous les cas. Les enfants poussent comme des champignons avec du lait en poudre, merci pour eux. Donc ON ARRÊTE DE CULPABILISER.

Ensuite, si le choix d’allaiter est fait en plein accord avec soi-même, et pas avec celui des autres (qu’ils aillent se faire voir ailleurs), il faut être conscient que notre savoir-faire s’est perdu depuis trop longtemps et que donc, nos proches qui pensant savoir ne savent en réalité rien du tout. Les avis sont constamment contradictoires, voire farfelus, comme pour tout ce qui touche à la périnatalité. Par exemple, on n’a cessé de me dire à ma seconde grossesse : « tiens, tu attends un garçon », parce que je portais mon bébé d’une certaine manière, alors que… c’était une fille. Les légendes périnatales ont la vie dure.

Au moindre grain de sable, à la première tétée inconfortable, il est très fortement conseillé d’appeler à l’aide son/sa sage-femme (ou sa puéricultrice) afin d’enrayer un phénomène d’inconfort qui peut se transformer en cauchemar en moins de deux jours. Ces professionnels sont capables de donner les bons conseils – je pense en particulier aux sages-femmes. Si ils ou elles vous suivent durant votre grossesse, ou mieux encore, font votre suivi gynécologique, ils/elles sont en mesure de vous donner les conseils qui vous sont les plus adaptés parce qu’ils vous connaissent bien. Ces conseils sont souvent très simples à appliquer, et permettent de se pas se décourager lors des phases difficiles (encore faut-il être réellement motivée au départ, je le rappelle).

L’allaitement, ce n’est pas évident

Avant tout, il faut reconnaître le contexte social de l’allaitement : c’est naturel, oui, mais ça ne se fait pas comme cela dans une société où la femme qui vient d’accoucher n’est plus prise en charge par ses proches dans les semaines qui suivent la naissance. Elle doit assumer beaucoup plus de tâches qu’avant, car son conjoint n’a que 11 jours de paternité pour l’aider, pas plusieurs semaines. Des tâches qui ne sont pas compatibles avec la fatigue de l’accouchement, des nuits sans sommeil et des soins à apporter à un nouveau-né.

Quand une femme vient d’avoir un enfant, elle ne devrait strictement rien faire d’autre que dormir, câliner et donner à manger à son bébé pendant au moins un mois. Oubliées, les tâches ménagères, la préparation des repas, les courses, la gestion des grands à emmener à l’école, que sais-je…. Pourquoi ? Parce que la femme doit récupérer des 40 marathons que représente la grossesse en termes de dépense énergétique, plus celui de l’accouchement, et apprendre à créer un lien positif avec ce bébé qui a l’épuisée et malmenée, et dont elle devient pourtant le parent pour la vie. Or l’allaitement est un sacerdoce pendant le premier de mois de vie de votre bébé. Il faut être disponible 8 à 12 fois par 24 heures pour lui donner le sein, sans se fatiguer, sans s’énerver, sans s’angoisser. Mais qui a ce luxe du repos et de la sérénité aujourd’hui ? Les riches. Kate Middleton ou Angelina Jolie. Certainement pas le péquin moyen. C’est pourquoi l’allaitement n’a rien de facile ni d’évident dans notre société.

Je trouve totalement déplacées les nombreuses remarques qui fusent de toutes part au sujet de l’allaitement, qu’elles soient pro ou anti. Je déteste qu’on empêche les femmes d’allaiter en public sous prétexte que c’est indécent (et si vous arrêtiez de regarder nos seins comme des organes sexualisés?) et je déteste tout autant les remarques sournoises qui culpabilisent les mères non allaitantes (qui n’a pas entendu : « et ton bébé, tu le nourris ? », en lieu et place de « tu l’allaites ? ». Comme si lui donner du lait en poudre revenait à le laisser crever de faim…).

Bref, allaiter est un choix qui se doit d’être éclairé, parce qu’assumer un allaitement n’a rien d’évident pour une femme occidentale aujourd’hui. Alors si vous préférez donner du lait en poudre, soyez rassurée : vous êtes une bonne mère. Et si vous décidez d’allaiter, prenez soin de réunir toutes les conditions possibles pour votre confort à vous. Sinon, vous foncez droit dans le mur.

Publicités

Une réflexion sur “Allaiter, c’est mode – et ça peut être très con

  1. Pingback: Weborama #2 : maternité/parentalité | Mot Non Trouvé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s