La parentalité, mon boulet

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Mère = un job acceptable, tant qu’on n’en a pas un autre en sus.

Mon expérience personnelle

J’ai expérimenté, durant les trois dernières semaines, une situation qui m’a douloureusement confirmé que ma parentalité, en tant que mère, constitue un très gros handicap professionnel.

Mon chef est parti en vacances estivales. Chaque fois qu’il s’absente, il passe le relais à un de ses trois responsables de département, dont je suis. En réalité, jusqu’à maintenant, il déléguait la gestion à ma collègue E. et moi-même. Et puis, cette fois-ci, pour la première fois, c’est à mon collègue K. que la responsabilité fut échue.

Durant ces trois semaines, K. a pris soin de l’équipe, attentif, disponible. Il a augmenté notablement son amplitude horaire pour pouvoir accompagner les collègues et réagir au quart de tour si une difficulté se présentait. Il y en eu plusieurs (dont ma propre absence pour cause de maladie et d’enfant malade – oui, les deux).

Au retour du chef, le bilan est très positif, pour toute l’équipe. A tel point que certains membres de l’équipe ont exprimé le souhait de revoir K. prendre le relais à la prochaine absence du directeur. Bref, une première expérience réussie pour tout le monde.

Durant toute la période de gestion du service par K., j’ai noté combien sa disponibilité a permis à l’équipe de se sentir à l’aise, en sécurité. Et j’en ai été jalouse.

Jalouse non pas des compétences de K., révélées à cette occasion, ou de son succès auprès de l’équipe, bien mérité !, mais parce que j’ai découvert que je suis désormais et je serai encore longtemps, incapable de proposer une telle disponibilité à mes collègues. Pourquoi ? Parce que je suis une mère, et que lui est un père.

Nous avons chacun deux enfants en bas âge. Nous sommes de la même génération. Notre niveau de responsabilité professionnelle est le même. Il est un parent impliqué, tout comme moi. Mais K. est ou peut se rendre disponible pour son travail lorsque les conditions l’exigent. Et cela m’est impossible !

Pourquoi cela est-il possible pour  K. ? Parce que sa compagne est en congé parental complet depuis la naissance de ses enfants. En tant normal, elle travaille dans un service scolaire qui lui permet d’avoir des horaires de travail et des vacances compatibles avec les rythmes de vie des enfants. K. ne se pose donc jamais la question (et il ne se la posera pas avant très longtemps, voire jamais) de savoir si sa compagne peut prendre le relais auprès des enfants : elle le fait toujours, et ce sont ses interventions à lui qui constituent l’exception auprès des enfants.

Pourquoi cela m’est-il impossible ? Parce que dans mon couple, mon plus faible salaire et mon statut de non cadre fait de moi la variable d’ajustement pour gérer les récupérations d’enfants le soir, les activités extra-scolaires, les maladies impromptues, les rendez-vous médicaux et paramédicaux. Mon compagnon et moi avons tous deux le même niveau d’étude, mais des métiers très différents. Le sien est deux fois mieux rémunéré que le mien, et il a le statut de cadre, alors que je ne l’ai pas. Mon métier est, sur le papier, plus contraignant : je pointe sur des horaires précis, ce qui n’est pas le cas de mon compagnon, j’ai un horaire tardif en soirée au moins une fois par semaine, je travaille le samedi toute la journée et il m’est impossible de prendre les mercredis en congé. Mais en réalité, je suis celle qui va chercher les enfants 4 soirs sur 5, qui prend les rendez-vous, les y emmène 8 fois sur 10 et qui s’arrête s’ils sont malades 12 fois sur 14 (c’est bien simple : j’ai droit à 12 jours enfants malades par an, et lui, à 2 seulement). Bien sûr, il s’occupe des enfants le samedi quand je travaille. Mais cela ne lui coûte rien en termes professionnels !

Pour couronner le tout, j’ai dû prendre un 20% parental afin que nous puissions faire face à la surcharge de travail domestique due à l’arrivée du deuxième enfant. Pourquoi moi, me direz-vous ? Parce que le manque à gagner sur mon salaire est anecdotique en comparaison de ce que serait celui de mon compagnon s’il prenait un 20% parental. Double peine : non seulement je ne travaille pas un jour par semaine, mais mon 20% n’est pas remplacé ! Je dois donc faire rentrer 100% de mes missions professionnelles en 80% de temps.

Autant dire que je passe ma vie à courir après le temps, que ce soit au travail ou à la maison. Cela me rend très peu disponible : je n’ai pas marge de manœuvre et aucune flexibilité professionnelle. Mes collègues et mes supérieurs ne peuvent pas compter sur moi comme ils peuvent compter sur K. Et c’est frustrant, parce que j’aimerais pouvoir consacrer du temps à mon travail lorsque cela est indispensable.

Or, particulièrement depuis l’arrivée de notre deuxième enfant, ma carrière professionnelle passe systématiquement au second plan de mes priorités quotidiennes, même si je ne le souhaite pas !

Les chiffres

Mon expérience rejoint celle de ces millions de femmes qui, parce qu’elles gagnent moins que leur conjoint, se voient charger prioritairement des tâches parentales et leur corollaire, les tâches ménagères. De là à prendre mon cas pour une généralité, je suis tentée… 🙂

Dans l’article sur la répartition des tâches domestiques du site inégalités.fr, on note que non seulement les femmes travaillent 1h26 de plus que les hommes chaque jour, mais que l’évolution sur 11 ans a révélé que les hommes ne font qu’une seule minute de travail domestique en plus… alors que les femmes ont diminué le leur de 22 minutes.

Je suis ravie que les femmes aient fini par comprendre que repasser tous les jeans et toutes les petites culottes est quand même légèrement superflu. Mais je ne suis pas ravie que les messieurs n’aient pas vu la nécessité de mettre plus souvent les tas de vêtements sales dans une panière à linge, de puiser dans la panière pour mettre le linge dans le lave-linge, le programmer, le vider, étendre son contenu avant de le plier (je ne parle pas de repassage) et de le ranger dans les placards de la maison. Et de recommencer le lendemain. Et le surlendemain. Et le jour suivant. Une tâche répétitive, peu gratifiante et ennuyeuse au possible. Et pourtant, indispensable.

Un article du Monde reprend un étude de l’INSEE sur l’évolution du partage des tâches dans les 35 dernières années.

« si les hommes, pris dans leur globalité, demeurent réfractaires à la vaisselle et à l’entretien du linge, ils consacrent en revanche cinquante minutes de plus par semaine aux enfants, « l’essentiel de cette évolution s’étant produite au cours de la dernière décennie », précise l’étude. Sans surprise, ce sont surtout les activités de jeux, de conversation et d’aide à l’apprentissage que les pères privilégient, c’est-à-dire celles qui procurent le plus de satisfaction. »

Et pourtant, nous, les femmes continuons à assurer les deux tiers des tâches parentales, celles qui, justement, ne procurent pas tellement de satisfaction (n’est-ce pas moi qui évoquait plus haut ces fameux rendez-vous et maladies ?).

Le CREDOC avait sorti une étude sur la question, reprise et commentée sur le site francetvinfo.fr, à propos de cette répartition. Et Ô surprise, on y découvre que l’arrivée des enfants renforce les écarts en termes de partage des tâches domestiques.

« Sans enfant, une femme consacre 38 minutes par jour en moyenne au ménage, mais 45 minutes avec deux enfants et 62 minutes avec trois. Les hommes, pères ou non, ne dépassent jamais 14 minutes. »

Mais pourquoi ? Pourquoi revient-on plus vite aux schémas familiaux traditionnels dès que les enfants pointent le bout de leur nez ?

Pour ma part, je pense que l’écart de salaire est une composante fondamentale de l’équation. Si l’écart entre deux salaires se limitait à, disons, 10 %, le choix de sacrifier un peu de sa disponibilité professionnelle se porterait moins souvent et surtout moins systématiquement sur le plus bas salaire. Les contraintes du quotidien qui entament la disponibilité professionnelle (arriver un peu tard, partir un peu tôt, s’absenter pour assurer un RDV ) seraient réparties de façon plus égales. Bien sûr, l’idéal serait de ramener l’écart de salaire à zéro, mais il faut tout de même faire preuve de pragmatisme : dans un couple, on exerce rarement le même métier. A métiers différents, rémunération et contraintes différentes.

A partir de là, on pourrait évidemment partir sur le déterminisme genré dans les métiers exercés par les hommes et par les femmes, et constater qu’évidemment, on n’est pas sorti des ronces. De toute façon, on n’en est pas sorti. Mais on peut toujours commencer à couper des épines…

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4 réflexions sur “La parentalité, mon boulet

    • C’est peu aimable à vous de me faire une réponse aussi lapidaire. Je pense que lorsqu’on envoie de tels messages, la moindre des choses serait d’argumenter un peu son point de vue. Ou tout simplement de me poser des questions franches et directes sur ma méthode d’édition. Je pourrais y répondre, et aimablement, en plus. Une compétence qui n’a pas l’air d’être dans vos cordes. Mais moi, je pense que je peux me tromper (sur votre amabilité) et je n’hésite pas à l’écrire.

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  1. Bonjour,

    Je me retrouve complètement dans votre article. Nous faisons le même métier (je pense au vu de vos contraintes horaires). Heureusement (si je peux dire) je ne m’épanouis pas des masses à mon travail, je n’ai pas trop de remord à ne pas trop m’investir mais clairement ma situation me freine considérablement pour changer de voie…Et pourtant, j’aimerais avoir un planning plus souple et faire quelque chose de plus intéressant. Je vais devoir attendre que mes enfants soient plus grands…Encore un sacrifice ?

    PS: ne nourrissez pas les trolls, ils n’en valent pas la peine…

    Aimé par 1 personne

    • Merci de votre témoignage… et du conseil.
      Je connais pourtant le célèbre « don’t feed the troll », mais j’avoue que comme premier commentaire de cet article, cela m’a douchée – et mise en colère.
      Attendre que les enfants soient plus grand constitue en effet un sacré sacrifice. Parce qu’on laisse passer de fameuses opportunités pendant ce temps…

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