Le faux problème du Burkini

La mayonnaise monte autour des interdictions locales du Burkini, en raison de l’accumulation de prises de position, parfois instinctives, parfois réfléchies : les politiques de droite et de gauche qui se croient obligés de réagir au quart de tour pour ne rien lâcher aux présidentielles de 2017, les féministes, les religieux, les athées, les laïques, les universitaires, les journalistes, les français, le reste du monde… Bref, c’est la cacophonie.

Pour avoir lu nombre de déclarations ou de réflexions contradictoires sur la question, j’ai finalement mis le doigt sur le nœud du problème : c’est que le maillot de bain intégral, ou Burkini, n’est pas le problème originel.

Le problème originel, c’est la définition du cadre de vie. Nous vivons dans une société et un pays libre. Ce qui est déjà en soi une contradiction, puisque pour vivre en société, il faut établir des règles de vivre ensemble qui limitent la liberté individuelle. Mais, c’est ainsi, le principe de la société est de poser un cadre général qui doit être appliqué à tous, au sein duquel l’individu peut évoluer librement.

Or, la polémique du burkini soulève en réalité la problématique du cadre commun : a-t-on, dans notre société, une règle commune à tous ses habitants quant à leur tenue vestimentaire ? On pourrait penser que oui, puisqu’il est généralement admis qu’on ne se balade pas à poil, à part dans les camps naturistes.

Sauf que c’est totalement faux, et c’est un twittos que je suis régulièrement, HygieSuperBowl, qui l’a révélé, à travers une série de réflexions humoristiques bien senties.

La France ne s’est pas encore dotée d’une règle commune vestimentaire valable pour tous car :

  • une femme peut se mettre torse nu sur la plage mais jamais dans la rue (les femens et les prostituées trop découvertes se font arrêter pour atteinte à la pudeur)
  • une femme peut être totalement habillée dans la rue mais pas toujours sur la plage (la preuve avec l’affaire du burkini)
  • un homme peut être torse nu ou habillé dans la rue et sur la plage.

Il existe donc, dès le départ, une absence de règle commune à toutes et tous, puisque les hommes s’habillent toujours et partout comme ils le souhaitent, tandis que plusieurs interdits s’appliquent aux femmes, des interdits qui changent de nature suivant les endroits où elles se trouvent.

Or, si une telle règle commune était mise en place, le problème du maillot de bain intégral ne se poserait pas. Admettons une hypothèse : si le seul interdit de la règle commune est de laisser à la vue de tous ses parties génitales, alors tout le monde s’habille comme il le souhaite, dans la rue comme à la plage, à partir du moment où ce « tout le monde » porte a minima un slip. Auquel cas hommes et femmes se couvrent de la tête aux pieds ou se baladent torse nu, et le débat n’existe pas.

Et cela fonctionne quelle que soit la règle de départ : elle peut être de se couvrir les parties génitales et les tétons (auquel cas, messieurs, vous vous retrouvez avec des jolis maillot de bain type combishort… ou alors en bikini)

maillot combishort

Petit rappel : les seins des femmes ne sont pas des parties génitales. Ce sont des excroissances qui se forment sous les tétons communs aux deux sexes, et qui ont comme fonction primale de permettre la lactation pour nourrir les nouveaux-nés. Cela s’appelle un « caractère sexuel secondaire  » et son apparition marque le passage à l’age adulte, tout comme celle des poils. Il conviendrait donc d’arrêter de les considérer comme indécents dès qu’ils sortent le bout du téton. Je vois pour ma part très souvent des tétons de mec, et je ne leur saute pas dessus, ni pour leur dire que c’est indécent, et encore moins parce que ma libido efface mon éducation. A bon entendeur…

Ma proposition est donc la suivante : créons une commission qui proposera une règle commune sur la tenue vestimentaire, valable pour tous les habitants de ce pays, quel que soit leur âge, leur sexe ou leur religion. Car bien évidemment cette règle se doit d’être libre de toute considération religieuse (notre république est laïque, donc ses lois le sont) et non sexiste. Cette règle serait votée par le Parlement et tout le monde, quel que soit son sexe et son genre, pourrait s’habiller librement à partir du moment où sa tenue rentre dans le cadre de la loi…

Il vaut mieux, à mon sens, que le cadre soit minimaliste, histoire de laisser autant de latitude que possible à tous. Mais je ne suis pas celle qui fait les lois.

Cela permettrait de régler sans vague les problèmes posés par les tenues des femmes. Qui que soit le plaignant, on se réfère à la loi, point barre. Partons de l’hypothèse minimaliste : le port du slip est le seul obligatoire. Un homme refuse à sa femme, sa soeur ou sa fille de partir en bikini à la plage ? Il a tort, il est condamné, car la seule obligation pour ces femmes et ces filles est de porter un slip et l’homme ne peut pas les contraindre à porter autre chose si elles ne le souhaitent pas. Une femme ou un homme préfèrent rester entièrement habillés à la plage ? Aucune commune ne peut les condamner, puisqu’ils portent au moins un slip.

Évidemment, nous ne vivons pas chez les Bisounours. Ce n’est pas une panacée, et les tensions existeront toujours. Mais elles seraient beaucoup plus facilement canalisées si le cadre commun était posé de façon claire et équitable. Ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

Il serait temps de s’en occuper, vous ne croyez pas ?

Le chaman au feu dansant

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Durant mes vacances, j’ai rencontré, lors de la visite d’un centre de découverte de la préhistoire en Vendée, un petit mec, sec comme un coup de trique, les yeux vifs, l’esprit acéré, qui animait un atelier de feu. C’est à dire qu’il montrait comment nos ancêtres les hommes de cro-magnon allumaient un feu avec deux bouts de bois et un rond de paille. Effet garanti sur les mômes – mais aussi sur les parents.

Il jouait au chaman, dansant et soufflant dans son agrégat de paille pour aviver les braises précédemment obtenues. Il était drôle. Et il accompagnait sa démonstration de commentaires sur la réalité quotidienne de nos ancêtres.

Comment le moindre  brin de paille, le moindre morceau de bois adapté à l’allumage du feu était précieusement recueilli et conservé pour éviter les coups durs, nombreux dans la vie de la préhistoire.Comment ils pensaient et vivaient, quelles étaient leur priorités et comment leur expérience et leur sens pratique les sauvaient de la plupart des dangers.

Il racontait aussi que l’allumage du feu, dans les sociétés primaires, a été rapidement confié aux femmes. Une responsabilité cruciale pour la survie du groupe. Que c’était les femmes qui, avec leurs cueillettes, leurs collets pour petits animaux et leur expertise du feu, nourrissaient leur clan à plus de 70%. Comment cela a perduré jusqu’à aujourd’hui, dans les tribus d’Afrique, par exemple.  Et comment, aujourd’hui que les chasses aux grands animaux ont disparu, la répartition des tâches demeure : les femmes font TOUT le travail dans les villages tribaux, pendant que les hommes palabrent sans fin, n’ayant plus de grandes chasses à mener.

Il enchaînait en imaginant à l’inverse un Koh Lanta d’éthiopiens en France, suivis par des caméras, où les gars tomberaient de leurs chaises en voyant les français prendre leur voiture pour acheter du pain à la boulangerie qui se trouve à  15 mètres, ou tomber sur des panneaux indiquant de ne pas sauter… au bord d’une falaise. Et les éthiopiens de se dire : « ils sont fous, ces français !! ».

Bref, c’était le chaman au feu dansant, et il a illuminé ma journée.