« Ah, c’est bien une fille ! »

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Colifichet

J’ai un bébé de sexe féminin et un enfant un peu plus grand de sexe masculin.  Le premier enfant a été scruté par ses parents dans les moindres détails de ses réactions, parce qu’il était le premier, et que ses parents (mon homme et moi, donc) avaient tout le temps du monde pour l’observer.

La deuxième est également observée, naturellement. Un bébé qui interagit de plus en plus avec son entourage est une source inépuisable d’émerveillement pour ses proches.

Et donc, depuis quelques temps, mon bébé s’extasie très régulièrement sur les colifichets brillants ou de couleur vive.

Ce à quoi sa nounou et sa grand-mère (qui ne peuvent pourtant l’une et l’autre certainement pas être de définies comme coquettes superficielles) ont déclaré, à moins de deux jours d’écart : « Ah, c’est bien une fille ! ».

Ce à quoi j’ai rétorqué que le grand frère, au même âge qu’elle, avait réagi exactement de la même façon. Sans faire plus de commentaires, parce que mes discours antisexistes ont tendance à gonfler mon entourage, ai-je remarqué.

Comment se fait-il que ces deux personnes n’aient pas noté ce fait ? Elles qui se sont occupées de mes deux enfants ? Elles sont donc conditionnées à ce point par la culture sexiste qu’elles ne remarquent pas qu’elle interprètent différemment le même événement, suivant si le sujet est une fille ou un garçon ? Il faut croire que oui, hélas.

 

Judo

Mon fils fait du judo. Lors des rencontres interclubs, aux compétitions, il se bat contre d’autres enfants de son âge et – c’est là le plus important au judo – de son poids. Chaque enfant est en effet réparti sur les tatamis selon son poids, afin que nul ne soit avantagé ou désavantagé. Jusque là, tout va bien.

Là où cela commence à sentir mauvais, c’est que les petites filles et les petits garçons ne se rencontrent jamais lors des compétitions : ils sont séparés. Par principe. Alors même que cela n’a rien à voir avec leur poids.

Qu’on les sépare à l’adolescence, lorsque leurs corps évoluent de façon à creuser les différences athlétiques entre garçons et filles, je peux comprendre – et encore… Mais chez des petits ? Quelle justification peut-on bien trouver à cette pratique ? Je n’en vois aucune, et pire, j’y vois une façon de perpétuer la mise à l’écart d’un sexe par rapport  l’autre, histoire de bien faire rentrer dans la tête des enfants qu’en sport, une fille et un garçon ne se valent pas, puisqu’ils ne peuvent pas se comparer via la compétition.

 

 

J’aimerais croire que ma fille saura qu’elle peut tout envisager dans sa vie, du moment qu’elle s’en donne les moyens, et qu’elle ne sera arrêtée par aucun préjugé sexiste. J’aimerais croire que mon fils saura que s’il préfère les jeux calmes, les activités artistiques et les discussions aux rapports de domination brutaux des cours de récré, cela fera de lui un homme comme les autres, ni plus ni moins.

Mais c’est sans compter sur la société, qui passe son temps à leur rappeler qu’ils ne sont pas fait pour ceci ou cela. Et j’en suis profondément malheureuse pour eux.

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