Quand nous crions à l’aide

Il y a 5 ans, j’écrivais une lettre très personnelle à Marc Zaffran, aka Martin Winckler, parce que je ne voyais pas quoi faire d’autre.

Aujourd’hui, je l’ai retrouvée et j’ai décidé de publier cet appel au secours, qui entre de plain pied dans les mouvements de lutte contre les maltraitances gynécologiques (#payetongynéco).

Cette lettre faisait suite à l’épisode que je relate dans cet article, que j’ai rédigé avec plus d’humour et de recul. La lettre que je publie aujourd’hui, que je reproduis sans y changer une virgule, montre dans quel état de détresse je me trouvais.

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« Bonjour Monsieur Zaffran,

Je vous écris aujourd’hui, 4 ans après avoir lu Le choeur des femmes. Votre roman fut une révélation, la confirmation que ce que je sentais était légitime. Celle que personne n’avait le droit de me faire du mal, fut-ce pour mon bien !

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour témoigner. Je m’éloigne du sujet de la contraception stricto sensu pour en venir aux pratiques gynécologiques générales, j’espère que vous me le pardonnerez. Je ne vois pas à qui envoyer ce témoignage, si ce n’est à vous, qui prenez à cœur la façon dont les patients sont traités par le corps médical.

Quelques jours après avoir fini Le choeur des femmes, je suis « tombée » enceinte – je cherche toujours une expression plus adéquate à cet événement heureux. Une grossesse ardemment désirée, pour laquelle mon compagnon et moi-même avions commencé à entamer des démarches en Procréation Médicalement Assistée (PMA), mais finalement, ma grossesse a débuté de façon naturelle. Pendant le processus de PMA, j’avais passée en particulier un examen des plus désagréables et douloureux, une hystérosalpingographie.

Hier lundi, j’ai dû refaire une hystérosalpingographie. Nous tentons de faire un autre enfant, 3 ans après la naissance du premier, et le médecin de PMA a demandé un nouveau cliché pour vérifier que mon utérus et mes trompes n’aient pas souffert depuis ma grossesse. Une demande que j’ai comprise et que j’ai trouvé justifiée, dans la mesure de mes maigres connaissances médicales. Je lui ai précisé que ma première hystéro s’était mal passée, et que je redoutais de devoir en refaire une. Le médecin m’a envoyé vers un service de radiologie habitué à ce genre d’examen, me promettant que cela se passerait bien.

Pour tout bagage médicamenteux en prévision de ce sale quart d’heure, le médecin m’avait prescrit du Spasfon et du paracétamol. Ce week-end, une amie qui travaille dans la santé et qui a déjà fait une hystérosalpingographie m’a demandé si on m’avait prescrit de l’Atarax. Comme ce n’était pas le cas, alors qu’on le lui avait prescrit à elle, j’ai commencé à m’inquiéter : il était trop tard pour avoir une prescription médicale.

Je suis arrive anxieuse et angoissé à mon rendez-vous. Je l’ai dit aux techniciennes qui m’ont gentiment accueillies, expliquant mon désagréable précédent et mes craintes. Elles sont fait leur possible pour me rassurer.

Au moment de l’examen lui-même, je me retrouvais (une fois de plus) allongée, les jambes écartées, mal à l’aise, avec un médecin qui parlait de mon vagin et de mon col à une autre personne, comme si je n’étais pas là. Il disait que mon col avait été déchiré et restait déformé par mon accouchement. Je l’ignorais, et je l’ai découvert de la plus désagréable des manières : c’est comme si j’avais été une tierce personne, tout juste bonne à faire le planton devant la porte, et non la principale intéressée.

Cela m’a fortement marquée, et j’en ai pleuré jusqu’au soir. Ce matin encore, je suis triste. Un deuil à faire sur son propre corps, 3 ans après, alors qu’on ne s’y attend plus… C’est très dur.

Le médecin me demandait de pousser parce qu’il ne trouvait pas mon col. Je n’arrivais pas à pousser : sur le dos, je n’y parviens jamais bien, surtout que j’étais allongée complètement à l’horizontale, sans étrier. Je l’entendais me dire : « poussez. Poussez. Poussez ! [bon dieu !, pouvais-je entendre dans sa tête] ».

J’étais mal, contractée, j’avais mal au ventre. Il faut dire que les hystéro se font entre le 4e et le 10e jour du cycle, et comme j’en étais au 4e jour, j’étais en pleine phase hémorragique de mes règles.

Je me suis d’ailleurs faite engueuler parce que j’étais en phase hémorragique, et que « ce n’était pas bon pour l’examen » : si personne ne me le dit, comment puis-je le savoir ? Est-ce de ma faute si mes règles durent 7 jours, et non pas 3 ou 4 comme chez d’autres femmes plus chanceuses ? Et j’ai pris le rendez-vous comme j’ai pu, tiraillée entre mes contraintes professionnelles et familiales. Mon compagnon avait même posé un jour de congé pour pouvoir m’accompagner. Rien n’est simple, quand on a une fenêtre courte pour prendre un rendez-vous et qu’ils sont impossibles à prendre le week-end. Mais ça, ce n’était clairement pas son problème, au médecin…

Le spéculum posé (déjà, j’étais contractée, donc gênée par l’instrument), le médecin m’a posé des pinces (il m’a prévenu et expliqué, c’était déjà ça…). Cela m’a fait un peu mal, et je sentais mon périnée et mes muscles abdominaux se contracter encore plus. J’avais de plus en plus mal, installée ainsi.

Par réflexe, je resserrai les jambes. A la troisième fois, il ne m’a plus rien demandé, il s’est contenté des les écarter. J’ai détesté qu’il se permettre cela. Puis il a tenté, par trois fois, d’installer la sonde d’injection. Il a dû la changer parce qu’elle était trop petite, à cause de mon col trop grand. Mais à chaque fois, j’ai hurlé de douleur. J’ai pleuré, gémit et crié sans arrêt, les mains crispées sur les bords de la table, et j’ai fini par lui demander d’arrêter.

Il a arrêté comme si c’était sa décision (et non la mienne), en disant : « bon, ça ne sert à rien, on n’arrive à rien », et il est reparti. Les techniciennes, toujours gentilles, sont venues m’assister, me donner un verre d’eau et du sucre, attendant avec moi que la douleur passe.

Les clichés n’ont pas pu se faire, faute d’injection du produit, et j’ai souffert comme une damnée pour rien. Pour rien !

Le médecin m’a appelé dans son bureau ensuite, pour me demander si j’avais ces douleurs lors des rapports ou de la mise place de mes protections périodiques (ce qui n’est pas le cas). Au moins a-t-il fait son boulot. Mais je lui ai précisé que j’étais très anxieuse, que j’avais prévenu tout le monde, et que j’étais persuadée que cela a joué dans ma capacité à supporter l’intervention. Il n’a pas bronché, et n’a pas proposé de solution alternative.

Pourquoi personne ne m’a-t-il proposé de faire l’examen couchée sur le côté ? Pourquoi personne ne m’a-t-il proposé une anesthésie locale, voire une péridurale ?

Parce que les autres femmes ont rarement mal ? Et alors, qui sont-elles par rapport à moi ? Valent-elles mieux parce qu’elles ne hurlent pas de douleur ?

Ou parce que les services de radiologie ne prévoient jamais cela dans leur protocole pour les hystérosalpingographies, faute de temps, de moyen ou tout simplement de prise en charge de la douleur ?

Je suis furieuse, je suis blessée physiquement, je suis affaiblie psychologiquement. Je suis triste, je suis perdue. J’ai peur de ne pas réussir à avoir un autre enfant. Je suis assaillie d’émotions contradictoires et illogiques, parce que je ne suis plus en mesure de réfléchir posément.

Ce matin, au lieu de faire mon travail, que je fais bien d’habitude, parce que je l’aime, je dois absolument déverser le torrent de lave qui monte en moi, au risque sinon de… Je ne sais pas. Je n’ai pas de mots pour cela.

Alors, c’est vers vous que je ne connais pas, qui en avez sans doute assez de lire ce genre de témoignages, que j’envoie ma bouteille. Vous ne pourrez rien faire, mais je suis sûre que vous comprendrez. Et déjà, cela me fait du bien.

Si vous avez pris le temps de tout lire, je vous remercie, du fond du cœur.

Et je vous souhaite une bonne journée. Je suis sûre en tout cas qu’à partir de maintenant, la mienne sera meilleure. »

(08/10/2013)

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