« Ma fille, viens avec moi au Panthéon…

… je dois te présenter quelqu’un. »

 

C’est ce que je ferai, d’ici quelques années, lorsque ma fille sera assez grande pour comprendre. J’irai à Paris, et j’emmènerai ma fille au Panthéon.

Là bas, je lui présenterai une femme.

Simone Veil (1984)

Simone Veil (1984)

Depuis l’annonce de sa mort il y a 10 jours, chaque fois que j’entends, lis ou vois une évocation de Simone Veil, je pleure. Je pleure littéralement. Mes yeux sont pleins de larmes – ce qui est très embêtant quand on exerce un métier de service public.

Pour ma grand-mère, décédée il y a six mois, je n’ai pas autant pleuré.

Simone Veil était l’incarnation de tout ce que j’aimerais être. Une femme qui a changé le monde. Inébranlable et bienveillante avec l’humanité. Une femme qui a plongé le nez de tout un pays dans ce qu’il ne voulait pas voir, contre son gré, pour l’obliger à légaliser l’IVG, et qui s’est battue pour que l’Europe existe, parce que la paix n’a pas de prix, alors qu’elle n’a que trop bien connu celui de la guerre.

Simone Veil, j’irai vous dire merci sur votre tombe, et j’expliquerai à ma fille tout ce qu’elle et moi vous devons.

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« Ah, c’est bien une fille ! »

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Colifichet

J’ai un bébé de sexe féminin et un enfant un peu plus grand de sexe masculin.  Le premier enfant a été scruté par ses parents dans les moindres détails de ses réactions, parce qu’il était le premier, et que ses parents (mon homme et moi, donc) avaient tout le temps du monde pour l’observer.

La deuxième est également observée, naturellement. Un bébé qui interagit de plus en plus avec son entourage est une source inépuisable d’émerveillement pour ses proches.

Et donc, depuis quelques temps, mon bébé s’extasie très régulièrement sur les colifichets brillants ou de couleur vive.

Ce à quoi sa nounou et sa grand-mère (qui ne peuvent pourtant l’une et l’autre certainement pas être de définies comme coquettes superficielles) ont déclaré, à moins de deux jours d’écart : « Ah, c’est bien une fille ! ».

Ce à quoi j’ai rétorqué que le grand frère, au même âge qu’elle, avait réagi exactement de la même façon. Sans faire plus de commentaires, parce que mes discours antisexistes ont tendance à gonfler mon entourage, ai-je remarqué.

Comment se fait-il que ces deux personnes n’aient pas noté ce fait ? Elles qui se sont occupées de mes deux enfants ? Elles sont donc conditionnées à ce point par la culture sexiste qu’elles ne remarquent pas qu’elle interprètent différemment le même événement, suivant si le sujet est une fille ou un garçon ? Il faut croire que oui, hélas.

 

Judo

Mon fils fait du judo. Lors des rencontres interclubs, aux compétitions, il se bat contre d’autres enfants de son âge et – c’est là le plus important au judo – de son poids. Chaque enfant est en effet réparti sur les tatamis selon son poids, afin que nul ne soit avantagé ou désavantagé. Jusque là, tout va bien.

Là où cela commence à sentir mauvais, c’est que les petites filles et les petits garçons ne se rencontrent jamais lors des compétitions : ils sont séparés. Par principe. Alors même que cela n’a rien à voir avec leur poids.

Qu’on les sépare à l’adolescence, lorsque leurs corps évoluent de façon à creuser les différences athlétiques entre garçons et filles, je peux comprendre – et encore… Mais chez des petits ? Quelle justification peut-on bien trouver à cette pratique ? Je n’en vois aucune, et pire, j’y vois une façon de perpétuer la mise à l’écart d’un sexe par rapport  l’autre, histoire de bien faire rentrer dans la tête des enfants qu’en sport, une fille et un garçon ne se valent pas, puisqu’ils ne peuvent pas se comparer via la compétition.

 

 

J’aimerais croire que ma fille saura qu’elle peut tout envisager dans sa vie, du moment qu’elle s’en donne les moyens, et qu’elle ne sera arrêtée par aucun préjugé sexiste. J’aimerais croire que mon fils saura que s’il préfère les jeux calmes, les activités artistiques et les discussions aux rapports de domination brutaux des cours de récré, cela fera de lui un homme comme les autres, ni plus ni moins.

Mais c’est sans compter sur la société, qui passe son temps à leur rappeler qu’ils ne sont pas fait pour ceci ou cela. Et j’en suis profondément malheureuse pour eux.

Le faux problème du Burkini

La mayonnaise monte autour des interdictions locales du Burkini, en raison de l’accumulation de prises de position, parfois instinctives, parfois réfléchies : les politiques de droite et de gauche qui se croient obligés de réagir au quart de tour pour ne rien lâcher aux présidentielles de 2017, les féministes, les religieux, les athées, les laïques, les universitaires, les journalistes, les français, le reste du monde… Bref, c’est la cacophonie.

Pour avoir lu nombre de déclarations ou de réflexions contradictoires sur la question, j’ai finalement mis le doigt sur le nœud du problème : c’est que le maillot de bain intégral, ou Burkini, n’est pas le problème originel.

Le problème originel, c’est la définition du cadre de vie. Nous vivons dans une société et un pays libre. Ce qui est déjà en soi une contradiction, puisque pour vivre en société, il faut établir des règles de vivre ensemble qui limitent la liberté individuelle. Mais, c’est ainsi, le principe de la société est de poser un cadre général qui doit être appliqué à tous, au sein duquel l’individu peut évoluer librement.

Or, la polémique du burkini soulève en réalité la problématique du cadre commun : a-t-on, dans notre société, une règle commune à tous ses habitants quant à leur tenue vestimentaire ? On pourrait penser que oui, puisqu’il est généralement admis qu’on ne se balade pas à poil, à part dans les camps naturistes.

Sauf que c’est totalement faux, et c’est un twittos que je suis régulièrement, HygieSuperBowl, qui l’a révélé, à travers une série de réflexions humoristiques bien senties.

La France ne s’est pas encore dotée d’une règle commune vestimentaire valable pour tous car :

  • une femme peut se mettre torse nu sur la plage mais jamais dans la rue (les femens et les prostituées trop découvertes se font arrêter pour atteinte à la pudeur)
  • une femme peut être totalement habillée dans la rue mais pas toujours sur la plage (la preuve avec l’affaire du burkini)
  • un homme peut être torse nu ou habillé dans la rue et sur la plage.

Il existe donc, dès le départ, une absence de règle commune à toutes et tous, puisque les hommes s’habillent toujours et partout comme ils le souhaitent, tandis que plusieurs interdits s’appliquent aux femmes, des interdits qui changent de nature suivant les endroits où elles se trouvent.

Or, si une telle règle commune était mise en place, le problème du maillot de bain intégral ne se poserait pas. Admettons une hypothèse : si le seul interdit de la règle commune est de laisser à la vue de tous ses parties génitales, alors tout le monde s’habille comme il le souhaite, dans la rue comme à la plage, à partir du moment où ce « tout le monde » porte a minima un slip. Auquel cas hommes et femmes se couvrent de la tête aux pieds ou se baladent torse nu, et le débat n’existe pas.

Et cela fonctionne quelle que soit la règle de départ : elle peut être de se couvrir les parties génitales et les tétons (auquel cas, messieurs, vous vous retrouvez avec des jolis maillot de bain type combishort… ou alors en bikini)

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Petit rappel : les seins des femmes ne sont pas des parties génitales. Ce sont des excroissances qui se forment sous les tétons communs aux deux sexes, et qui ont comme fonction primale de permettre la lactation pour nourrir les nouveaux-nés. Cela s’appelle un « caractère sexuel secondaire  » et son apparition marque le passage à l’age adulte, tout comme celle des poils. Il conviendrait donc d’arrêter de les considérer comme indécents dès qu’ils sortent le bout du téton. Je vois pour ma part très souvent des tétons de mec, et je ne leur saute pas dessus, ni pour leur dire que c’est indécent, et encore moins parce que ma libido efface mon éducation. A bon entendeur…

Ma proposition est donc la suivante : créons une commission qui proposera une règle commune sur la tenue vestimentaire, valable pour tous les habitants de ce pays, quel que soit leur âge, leur sexe ou leur religion. Car bien évidemment cette règle se doit d’être libre de toute considération religieuse (notre république est laïque, donc ses lois le sont) et non sexiste. Cette règle serait votée par le Parlement et tout le monde, quel que soit son sexe et son genre, pourrait s’habiller librement à partir du moment où sa tenue rentre dans le cadre de la loi…

Il vaut mieux, à mon sens, que le cadre soit minimaliste, histoire de laisser autant de latitude que possible à tous. Mais je ne suis pas celle qui fait les lois.

Cela permettrait de régler sans vague les problèmes posés par les tenues des femmes. Qui que soit le plaignant, on se réfère à la loi, point barre. Partons de l’hypothèse minimaliste : le port du slip est le seul obligatoire. Un homme refuse à sa femme, sa soeur ou sa fille de partir en bikini à la plage ? Il a tort, il est condamné, car la seule obligation pour ces femmes et ces filles est de porter un slip et l’homme ne peut pas les contraindre à porter autre chose si elles ne le souhaitent pas. Une femme ou un homme préfèrent rester entièrement habillés à la plage ? Aucune commune ne peut les condamner, puisqu’ils portent au moins un slip.

Évidemment, nous ne vivons pas chez les Bisounours. Ce n’est pas une panacée, et les tensions existeront toujours. Mais elles seraient beaucoup plus facilement canalisées si le cadre commun était posé de façon claire et équitable. Ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

Il serait temps de s’en occuper, vous ne croyez pas ?

Invictus

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

Ce poème de William Henley, Invictus, a été écrit alors que l’auteur venait de se faire amputer d’une jambe, et il a inspiré et soutenu Nelson Mandela durant ses années d’emprisonnement.

Traduction d’après la VF du film Invictus de Clint Eastwood :
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,
En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,
Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Bonjour tout le monde !

Un jour de vent, énervée une fois encore par un article qui relatait combien les vertus du féminisme était considérées comme dangereuses par un primate masculiniste (dans le mauvais sens du terme), je menaçais sur un réseau social de créer un blog parlant du féminisme, de l’égalité homme-femme et de tout ce qui peut toucher de près ou de loin ce sujet. Tout en me plaignant de ne pas avoir le temps de le faire.

Bon, je crois que ça m’a durablement énervé, puisque ce blog, je le crée.